MADAME G-AMELIN ET
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Emmélie Gamelin sortit du couvent de la Congrégation de Notre-Dame, alors le seul pensionnat de Montréal, sans avoir gradué en aucune sorte de métal. Je ne sais si elle y remporta quelque succès, ni dans quelle catégorie d'élèves elle fut classée, ni quel souvenir elle laissa à ses maîtresses et à ses compagnes. Je n’ai pu trouver aucune date ni aucun renselgnement sur ce séjour qui fut certainement de courte durée, car sa tante la rappela bientôt chez elle, peut-être pour suppléer à l’absence de ses deux filles que l’approche de la vieillesse lui faisait plus vivement sentir. Je ne jurerais pas que l'orthographe de sa nièce n’en souffrit pas toujours un peu, si j'en juge par les quelques écrits d’elle que j'ai eus sous les veux. Mais c'était alors un péché habituel à plus d’une personne comme il faut. La jeune fille y gagna en revanche à se former plus tôt à ces vertus domestiques que l’on n’acquiert parfaitement qu’au foyer de famille et à cette science du ménage dans laquelle excellaient nos grand’mères et qu’appréciaient si fort nos grands-pères.
LES ORIGINES DE LA PROVIDENCE 15 Toute à ses devoirs auprès de sa tante, elle ne répugnait pas à aller dans le monde et à prendre une part goûtée à ses plaisirs hounétes. Son excellent cœur, sa franchise, son entrain, son esprit, sa gaieté lui firent beaucoup d'amis et même des admirateurs. Elle avait cette distinction naturelle, aussi éloignée de l'affectation que de la raideur, fruit de la noblesse du caractère et de la bonne éducation, qui met un cachet de haute marque sur les autres qualités et les laisse incomplètes, s1 excellentes soient-elles, lorsqu'elle ne les accompagne point.
Aimée du monde et l’aimant dans une bonne mesure, elle savait toutefois imposer des contraintes et des sacrifices à son amour du plaisir : “ J'ai fait une promesse de ne point danser, écrivait-elle le 24 août 1820, et j'espère la tenir tout l'hiver. ”
Peut-être avait-elle lu, cet hiver-là, la critique quelque peu caustique qu’adressait aux danseuses d’un autre pays et d’un autre siècle le digne écuyer Pierre de Changy, dans son livre de l’Jnstitution de la femme chrétienne : “ Quel
a en or,
plaisir ou proffit, s’écrie-t-il sans aucune sorte d'égards, vient de saulter plus haut que la corpulence de la fille ne peult porter, à estre élevée et avancée des bras, ou tripudier toute la nuyct sans saciété ? Et s’il faut aller à la messe un peu loing, elle s’en fasche et a mal aux pieds, comme le cinge pour aller à l’église, et leur convient avoir chevaulx ou chariotz, tant son tendrettes. Elles trouvent le prescheur tant long qu'elles s’i endorment ; mais le ménestrier sommeillera plus tost que ces saulterelles. À les voir danser de loing, semblent qu’ elles soient folles. Si telle peine corporelle leur était enjoincte pour pénitence, la penseraient dure et griève. ”
Ou mieux s’était-elle inspirée de cette grave lecon de saint François de Sales : “ Je vous dis des danses, comme le médecin des potirons et champignons : les meilleurs n’en valent rien, disent-ils ; et je vous d's que les meilleurs bals ne sont guère bons ? ”
Il faut toutefois reconnaître qu’elle ne fit pas, les fit-elle, ces lectures en tous ses hivers etne renouvela pas pour tous l’austère résolution pri-
se en 1820. Elle fut même, en passant, indulgente à un autre abus mondain, le décolletage et, si la citation n’en devait sembler profane sur des lèvres ecclésiastiques, je vous rapporterais d’elle un mot imprudent qui prouvait à son insu la sagesse du bon érêque de Genève et ménageait pour l'avenir à la mémoire trop fidè-: le de nièces malicieuses une arme défensive contre les recommandations de l’aimable tante, devenue austère par état et grondeuse par devoir. Des cousines de ce temps-là m'ont aussi assuré que leur aimable parente avait découvert qu'elle avait la main bien faite : elle se plaisait, prétendent-elles, à la faire admirer à propos et j'ai pu voir une bague en brillants, d'un goût sobre et fin, qui se serait prêtée, mê. me aux années de retour, à ce petit manège.
Quoi qu’il en soit de ces menues frivolités et de ces passe-temps mondains, Mile Tavernier observa toujours jusqu’à son mariage, chez sa tante aussi bien que chez son frère, le Dr Tavernier, dont elle alla, de dix-huit à vingt-trois ans, distrajge et consgjer le veuvage, une ré-
serve irréprochable et les pratiques d’une vive et solide piété.
Dès cette époque d’effervescence mondaine,
des velléités de vie religieuse semblent même
avoir hanté son esprit. J'en retrouve du moins la trace dans une lettre écrite au printemps de 1822. La mort de son excellente tante, Mme Perrault, arrivée au mois d'avril précédent et le deuil qui suivit, donnèrent peut-être à son âme une impulsion plus marquée vers cet ordre d'idées. La vue d’une vêture à l’'Hopital- Général lui inspire les réflexions suivantes dont elle fait part à sa cousine Mme Nowlau, dans une lettre datée du 18 juin : ‘ Vous me parlez des messieurs de Québec: sachez que je ne m'en soucie plus du tout. J’ai passé la journée d'hier chez les Sœurs grises, à l’occasion de la prise d’habit d’Eulalie (1) et me suis très bien amusée. Toutes les religieuses nous ont reçu avec beancoup de politesse et de bon-
(1) Vraisemblablement Mlle Eulalie Lagrave, qui prit l’habit le 17 juin de cette année et fit profession le 23 décembre de l’année suivante. Elle fut l’une des quatre fondatrices de la mission de la Rivière Rouge ( St Boniface ) où elle mourut le 4 août 1859. ( Archives de l’Hôpital-
Général. )
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té: aussi vous dirai-je tout bas que je me sens beaucoup de vocation depuis ce temps. J’espère que cela va continuer et que je finirai par vous surprendre une bonne fois. Ne parlez de cela à personne, quoique ce soit l’exacte vérité. Oui, je renonce pour jamais à “ vos messieurs ?”? ainsi qu'au monde,et me ferai religieuse vers l'automne ” ..........…
Oui, en effet, vers l'automne, mais l’automne de 1848, car celui de 1822 puis l’hiver passèrent sans amener la surprise promise. Les messieurs de Québec demeurèrent bien et dûment dans l’oabli, mais ce fut au profit … d’un monsieur de Montréal.
Le 4 juin 1623, en l'église Notre-Dame, après .
dispense de trois bans de publication, en présence de Messire Bréguier St-Pierre, prêtre de St Sulpice, “suivant les lois et coutumes observées en la sainte Eglise, ” Mademoiselle Emmélie Tavernier échangeait “ par paroles de présent ” le mutuel consentement de mariage avec Sieur Jean-Baptiste Gamelin, bourgeois de Montréal,
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La notice biographique nous affirme que c'é-
tait un “riche et vertueux bourgeois. ”
Riche, je le veux bien, si l’on entend par là le possesseur d’une honnête petite rente qui Jui assurait l’aisance de l’époque : tout bourgeois du temps était plus ou moins riche en ce sens. Vertueux, j'en doute encore moins, puisqu'il eut le courage de prendre femme à cinquante ans. C'était en tout cas un célibataire féroce, indomptable jusque là, à telle enseigne qu’ayant deux fois déjà décidé d’enchaîner sa vie, il s’aventura Ja seconde fois jusqu'aux balustres et là, sommé de se rendre, répondit: Non !
C'était évidemment un cas désespéré qu’un rhumatisme revêche ou un miracle pouvait seul réduire. Le rhumatisme parla peut-être. J'aime mieux croire que le charmeet la vertu de Mlle Tavernier firent le miracle.
Ils firent du moins le parfait bonheur de son époux pendant quatre années. Eile-même fut très heureuse, aimée et choyée d’une tendresse qui pouvait et devait être paternelle. Son mari l’adorait, .... bien qu’elle le méritât. Il l’entourait de soins, d’attentions et de ménagements
dont l’excès ne laissait pas d’être parfois amusant. Elle les Jui rendit avec un inaltérable dévouement pendant les sept mois de la cruelle maladie qui la laissa veuve le premier octobre
Ce n'était point la première douleur de sa vie conjugale où Dieu n'avait semblé l’amener que pour ouvrir dans son cœur, par la ruine de son bonheur d’épouse et de mère, la source d’une pitié si vaste et si généreuse à toutes les douleurs. Elle avait déjà perdu deux enfants, deux fils, Jean-Baptiste-Pierre et Jean-Baptiste-Antoine, morts, tous les deux, trois mois après leur naissance. Le troisième, Toussaint-Frauçois- Arthur mourut à vingt-et-un mois, quelque temps après son père.
Mme Gamelin était trop femme pour ne point ressentir profondénent tant de pertes cruelles, mais trop chrétienne pour s’enfermer dans une douleur sombre et stérile et ne point demander à l'amour et au soin du prochain souffrant et délaissé un remède à son chagrin, un aliment à son affection, une occupation à ses loisirs, une sauvegarde à sa liberté.
Restée veuve à vingt-sept ans et bientôt sans enfants, maîtresse d’une petite rente suffisante à ses besoins, ayant beaucoup d'amis et de relations mondaines, elle pouvait, l'époque du deuil sévère écoulée, reprendre peu à peu sa place dans le monde et se ménager de loin et sûrement, avec les ressources d’une expérience que plus d’une sait rendre irrésistible, un nouvel établissement conjugal.
C'était son droit, comme c'est le droit de toute autre, peut-être le devoir et le salut de quelques-unes.
Mais ce n’était n1 son goût, ni son ambition, ni surtout sa vocation, et Dieu l’amena par sa douleur même et son deuil aux occupations qui allaient préparer le grand œuvre de sa vie.
Un siècle plus tôt, Marie-Marguerite Dufrost de la Gemmerais, dame d’Youville, avait trouvé dans le veuvage un acheminement à une œuvre et une gloire semblables, et ce n’est pas le seul côté par lequel se touchent les vies de ces vénérables fondatrices.
Ditôt après son veuvage, Mme Gamelin quit-
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ta la maison qu’elle occupait avec son mari à
l'entrée du faubourg St-Antoine, petite maison en bois, basse et double, qui porte aujourd’hui le no 26. En face s’étendaient, escaladant la pente du Mont St-Joseph, assiette de notre nouvelle cathédrale, les beaux vergers de son mari, source de sa petite fortune.
Elle vint se fixer auprès de sa cousine germaine, Mme Maurice Nowlan, fille cadette de Mme Joseph Perrault et veuve elle-même depuis dix aus, son mari, le major Nowlan,ayant été tué, trois ans après son mariage, par une balle américaine, à l'attaque de Sacket’s Harbour.
Mme Nowlan, dont la reconnaissance garde le souvenir à la Providence, habitait alors, presque à l’encoignure des rues St-Urbain et Ste- Catherine, une maïson de pierre, ornée d’une galerie et précédée d’un jardin, que vous vous rappelez tous avoir vue sur l'emplacement actuel du Cyclorama de Jérusalem. C'était en ces années presque la borne-frontière de la ville, de ce côté de la rue Ste-Catherine ; de l’autre, les maisons prolongeaient leur groupement jusqu’à la rue St-Simon, aujoud'hui rue St- Greorges. Au-delà s’étendait la campagne, par-
semée d'habitations rurales ou de plaisance.
C’est à cette extrémité-ouest du quartier St- Laurent que la jeune veuve commença son œuvre charitable. La ville était déjà assez vaste et ses ressources de bienfaisance, assez limitées pour laisser sans secours bien des misères. Il n’y avait, pour recueillir les vieilles femmes infirmes et pauvres, que l’Hôpital-Général qui ne pouvait suffire à tous les besoins. C’est à cette classe de misérables que la charité de la jeune veuve commença d’intéresser ses loisirs. Elle les visita d’abord à domicile, leur portant des vêtements et des aliments, associant déjà sans doute à cette œuvre pie ses meilleures amies.
Mais bientôt sa charité voulut assurer aux plus misérables un abri où elles fussent, tous les jours, assurées d'un lit propre et de trois repas suffisants, d’un bon feu, l’hiver, et à toute heure, en toute saison, des soins réclamés par leur âge et leurs infirmités. Dans cette intention, elle s’adressa au curé de Notre-Dame, M. Fay, qui mit à sa disposition le rez-de-chaussée d’une petite école paroissiale sise au coin des
LES ORIGINES DE LA PROVIDENCE 25 rues Ste-Catherine et St-Laurent qu’occupe aujourd’hui l’élégant magasin dela Société générale des bazars français.
L’Asile, car c'en était déjà un, ouvrit pour la première fois ses portes, le 4 mars 1828, à une vieille femme de cent deux ans, la mère St-Onge, bien digne d'apporter l’enseigne de son âge à un refuge uniquement destiné à recevoir des vieilles femmes. Quelques autres vinrent bientôt la rejoindre et l’on admit, par exception, avec ses deux enfants, une veuve plus jeune et plus vigoureuse qui prit soin de ses aînées.
C'était toute une petite communauté, avec ses besoins individuels, ses oppositions d’humeur et de caractère, ses variations de température morale, l’irritabilité qu'engendrent les caprices de l’âge et les souffrances de l'infirmité, les lacunes de l’ignorance et les indélicatesses d’une mauvaise éducation.
Mme Gamelin, avec l'autorité que lui donnaient sur ses vieilles ses bienfaits et sa fermeté pleine de rondeur et de bonté, apaisait
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souvent des tempêtes qui, pour s'élever dans un verre d’eau, n’en étaient pas moins des tempêtes, et si parfois elle perdait patience et reprenait trop vivement quelqu’une de ses vieilles, Mgr Lartigue, qui l’avait en grande estime, lui disait avec sa rude franchise, en la tutoyant comme il faisait à peu près avec tout le monde : “ Lorsqu'on est comme toi impatiente, on apprend à mettre de l’eau dans son vin. ” Le conseil ne fut pas perdu car Mme Gamelin mit toute sa vie de l’eau dans son vin!
Ces petites difficultés et celles, plus grandes, amenées par les quêtes extérieures et journalières auxquelles elle employait toutes les jambes valides, — source de jalousies et de susceptibilités particulières, — la déterminèrent à se transporter auprès de ses turbulentes sexagénaires. Elle loua, à l’entrée de la rue St-Philippe, presque en face de la maison Nowlan, deux petits logements contigus, s'installa d’un côté et établit ses protégées de l’autre, en ménageant entre les deux logements une porte propice aux interventions urgentes. Elle put ainsi les surveiller et les soigner de plus près,
présider à leurs prières, leur faire régulièrement uue lecture spirituelle, les envelopper, en un mot, de sa bienfaisante influence. M.
Bréguier St-Pierre, le père de tous les pauvres, le confesseur de tous les pécheurs et de toutes les pécheresses et son propre confesseur, le devint aussi de ses vieilles.
Elle poursuivait depuis quatre ans déjà sa courageuse et généreuse entreprise. Plus d’une fois, elle s'était demandé si elle n’avait pas trop présumé de ses forces et tenté la bonté de Dieu, en s’aventurant dans une œuvre dont le lendemain demeurait toujours incertain. Que de fois, le matin, partant pour le marché, la bourse presque vide et le cœur gros d’inquiétude, elle avait mis ses vieilles en prière, pour demander le pain de la journée au Père du ciel, et toujours le secours était venu !
Elle recut même parlois une assistance inespérée qui semblait arriver tout droit des régions surnaturelles. Un jour entre autres qu’elle entendait suivant son habitude une messe basse à Notre-Dame,avant de commencer ses petits marchandages dont plusieurs res-
semblaient à des maraudages, priant avec fer- |
veur pour le succès de son entreprise, un monsieur inconnu et de tournure distinguée
s'approche d'elle et lui demande : “ Etes-vous |
cette dame Gamelin qui prend soin de plusi-
eurs Vieilles ? ” —— Et, sur £a réponse affirma- ! tive, il lui remet la somme de vingt-cinq louis. À :
De pareilles interventions de la divine Pro- | vidence l'encourageaient à persévérer dans | l’œuvre commencée. D’un autre côté, le local de !
la rue St-Philippe devenait trop étroit pour
les désirs de sa bienfaisance qui croissaient avec | les besoins etles demandes. Mais comment | trouver mieux ailleurs ? Ses modiques revenus, | réduits des frais de son entretien personnel et | joints aux dons et aux aumônes d’occasion, suf-# fisaient à peine à maintenir la barque à l’eau. Où trouver le prix d’une acquisition simple |
ment convenable ?
Elle dut prier Dieu d’abord beaucoup et faire prier ses vieilles avec elle. Puis, toujeurs pratique, elle adressa sa prière à un citoyen charitable de Montréal, M. Olivier Berthelet, qui passait à bon droit pour le procureur du
| bon Dieu auprès de toutes sortes de nécessiteux. La bonne dame lui tendit un petit piège auquel il se laissa prendre avec une bonne grâce toute chrétienne. Elle l’invita à visiter son | asile et là, la plus disserte de ses vieilles, bien | dressée à la leçon, présenta la supplique au | nom de ses compagnes, avec une simplicité et {| une naïveté qui en firent tout le charme et { tout le succès. | Après acte de donation rédigé en bonne et | due forme en faveur de Messire St-Pierre et | de Dame Gameliun, le petit bataillon d'invali- | des prenait possession, le ler mai 1835, de { l'immeuble dû à la générosité de M. Berthelet. -{ Cette modeste maison en bois, désignée dans les souvenirs de la communauté, à cause de sa : couleur, sous le nom de Maison jaune, occupait, ( sur la rue Ste-Catherine, l'emplacement de l’é- { picerie qui forme aujourd’hui un des coins de ‘ la rue St-Hubert, percée depuis cette époque. Cette date de 1835 fait époque dans l’histoire de l’œuvre, car la Maison jaune devint le berceau de la Communauté des Sœurs de la Proyidence et l’Asile fut, aux environs de cette
am
année-là, désignée sous le nom d’Asile de la Providence. L'œuvre, installée dans la propriété de la directrice, prit dès ce moment un essor décisif, une importance croissante, avec un caractère tout nouveau de régularité et de stabilité.
La maison s'élevait presque à l’ombre de la cathédrale $St-Jacques et du palais épiscopal. Mgr Lartigue bénit les salles, accorda l'érection du chemin de la croix et honora souvent la maison de ses visites, lui et ses prêtres. Il ne fut peut-être pas étranger aux règlements que Mme Gamelin donna alors à ses vingt-quatre protécées et à la distribution savante par laquelle elle appliaua ies forces et les talents de chacune à des travaux manuels, tous, on le devine, plus difficiles et plus compliqués les uns que les autres !
Forte de ces encouragements de l'autorité ecclésiastique, la vaillante directrice multipliait aussi autour d'elle les sympathies efficaces, les relations productives qui préparaient pour bientôt, à son insu, une fondation nouvelle.
Son nom et sa personne étaient devenus très
populaires à Montréal. Les années 1832 et 1833 l'avait vae apporter le concours d’une expérience éprouvée et d’un dévouement incomparable aux efforts de la Société des Dames de la Charité, (1) pour secourir les orphelins et les veuves des pauvres ouvriers emportés par la violente épidémie du choléra. Les troubles politiques de 1837 et de 1838, qui remplirent la prison de Montréal de nos infortunés compatriotes, avaient admiré cette digne et compatissante femme, transformée au milieu des captifs en ange de consolation, leur portant chaque jour, le panier aux bras, des aliments substantiels, de petites douceurs, des nouvelles et des messages de leurs familles angoissées, et glissant au milieu de ses dons, avec l’irrésistible efficace de la charité, une parole de foi qui consolait toujours et convertissait souvent.
Je ne sais quelle initiative et quelles démarches préliminaires donnèrent naissance à la société des Dames de la Providence, mais il
(1) Cette société, fondée vers 1820 sous la présidence à vie de la Baronne de Longueuil, a donné naissance à l’Hospice des petits orphelins de Montréal, dit des Récollets.