‹ Madame GuyonChapitre 102 sur 156 · CHAPITRE XII. - SECONDE CAPTIVITÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. - SECONDE CAPTIVITÉ

On voit assez k qaoi font allusion les Visitandines, quand elles attestent, d'une manière particulière, la foi de M""* Guyon au mystère de l'Incarnation de Notre- Seigneur Jésus-Christ.

Les religieuses écrivirent k M""* Guyon, le soir même de son départ :

c De notre communauté de Meaux , ce 9 juillet 1695.

« Vous avez si puissamment gagné les cœurs de cette communauté^ par vos bontés et par les exemples de votre vertu, qu'il nous est impossible de laisser partir M"* Marc, sans la charger de ces faibles témoignages, qui ne vous prouveront jamais assez la juste estime dont nous sommes prévenues en votre faveur. La connaissance que nous avons de la générosité et de la tendresse de votre cœur nous a fait espérer que vous nous ferez l'honneur de nous aimer toujours un peu. Ne croyant pas, madame, avoir jamais mérité les honnêtetés que chacune a reçues de vous, il nous est pourtant si avantageux d'être aidées du secours de vos saintes prières que, malgré notre indignité, nous vous demandons la grâce de vous en souvenir devant le Seigneur.

« Les sosurs de la communauté de la Visitation

de Sainte-Marie. »

« Que ce que Dieu a lié tient ferme ! lui écrit le même jour la mère Le Picart. Non, rien ne rompra le lien qui nous unit en son amour. C'est sans compliment : je n'en suis pas capable , mais la vérité pour tous les temps, sans qu'il soit nécessaire de le répéter. Ma très-aimée« je suis k vous comme Dieu le veut, pleine

de couflance que sa bonté achèvera ce qu il a commencé (1). »

Tels sont les sentiments que M'"'' Guyon inspirait k ceux qui la pouvaient connaître.

C'est le 10 juillet qu'eut lieu le sacre de Fénelon (2). La cérémonie se fil k Saint-Cyr, en présence de M"® de Maintenon et des enfants de France. Bossuet avait tenu h être le consécrateur ; les évéqucs de Chàlons et d'Amiens l'assistèrent (3). « Cambrai, dit Saint-Simon, fut un coup de foudre pour tout le petit troupeau. Ils voyaient rarchevê(|ue de Paris menacer ruine ; c'était Paris qu'ils voulaient tous, et non Cambrai, qu'ils considéraient avec mépris comme un diocèse de campagne, dont la résidence, qui ne se pourrait éviter de temps en temps, les priverait de leur pasteur. Leur douleur iiit profonde de ce ([ue le reste du monde prit pour une fortune éclatante, et la comtesse de Guiche en fut outrée jusqu'à ne pouvoir cacher ses larmes (4). »

(1) Œuv. compl. de Fénelon, Cort^esp. sur le quiétisnie, n«» 87 et 88.

(2) Bausset, liv. II, chap xxvii, donne la date du 10 juin. Cette erreur jette dans son récit une confusion inévitable. Cotisecratus fuit..., die iOjulii. {Gallia christ., t. III, p. 63.) Dans une lettre du 4 juiUet, Fénelon signe encore évéque nomnié de Cambrai.

(3) « Fénelon, dit Michelet, fut sacré par Bossuet, assisté par l'éyéque de Chartres. Celui-ci eut victoire complète et vit Fénelon à ses pieds i (Hist. de France, t. XIV, p. 155.) Cette phrase, très-discutable à un autre titre, porte à faux. L'évéque de Chartres devait, en effet, assister Bossuet ; mais Saint-Cyr se trouvait dans son diocèse, et Tépiscopa^ jeta les hauts cris contre cet évoque qui cédait, chez lui, la préséance. C'est pourquoi Tévéque de Chartres fut remplacé par Tévéque d'Amiens. • Je suis très-scandalisée, écrit M<o* de Maintenon, qu'un évéque ne puisse être accommodant, sans blesser les autres. » (Lettre à M. de Noailles, 25 mai 1695.)

(4) Mémoires complets et authentiques du duc Saint-Simon, 1829, t. I, p. 315.

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