CHAPITRE XII. - SECONDE CAPTIVITÉ
rétracter, maintenue dans Tusage des sacrements de l'Église, et que M. de Meaux l'avait attesté dans un certificat (1).
M™® de Maintenon rendait compte de tout k Farchevéque. « M. de Pontchartrain lui écrivait-elle, au milieu de toutes ces procédures, lut hier un petit procès-verbal de M. de La Reynie, qqi ne dit rien; mais il finit en insinuant qu'on pourra trouver plus qu'on ne pense, en approfondissant cette affaire. Je n'en crois rien : promesse d'important (2), ^ En effet, on ne trouva rien. « L'eSfiinep le plus sévère, dit le cardinal de Bausset, visiblement embarrassé, ne produisit -aucune découverte qui pût justifier les rigueurs des traitements qu'elle (M^^ Quyon) eut k essuyer. » « Mais Bossuet, ^oute-t-il, était justement blessé des procédés de M^^ Guyon (5). i N'est-ce pas le lieu de rappeler cette fable du (/mp et PAgneau^ dont M^^ Guyon s'était autrefois servie auprès de l'évéque de Grenoble ?
Bien qu'on n'eût rien trouvé, elle resta enfermée 'a Vincennes. Par respect pour les uns, par charité pour les autres, elle ne dit rien de ce qu'elle y a souffert. « La paii et la joie du dedans, dit-elle, m'empâchaient de voir autrement les plus violenta persécuteurs que comme des instruments de la justice de mon Pieu.,. Je faisais des cantiques, que la fille qui me servait apprenait, en même temps que je
(1) Phelippeaux, Relation de l'origine, de% progirèê $t da la eondamnation du quiétisnie,
(2) Lettre de M»* de Maintenon à M. de NoaiUes, 9 janvier 1606.
(3) Histoire de Féuclon, liv. Ii^ chap. 32.
les faisais, el nous chantions vos louanges, ô mon Dieu (1)! y^
Charmante solitude, Cachot, aimable tour, Où, sans inquiétude, Je passe tout le jour.
Est-il tourment trop rude Pour un fidèle amour (2) ?
Or, la vie était dure au donjon de Vincennes. Laissons le corps ; voici pour Tâme.
A Monsieur Varchevêque de Paris, 20 juin i696. — « Il est survenu quelques incommodités k M™® Guyon, qui Font obligée k demander un médecin, et le gardien des Récollets pour confesseur. J'écris au commandant de Vincennes de lui faire venir le sieur Guyard, médecin ; mais pour le confesseur, le roy se remet k vous de lui envoyer celui que vous jugerez k propos (3). »
Ce billet est de Pontchartrain. En voici un autre adressé par lui a M. de Bernaville, commandant de Vincennes : « W^^ Guyon a demandé au sieur Desgrez du papier pour m'écrire ; vous pouvez lui en donner, pour cet usage seulement, et convenir avec elle qu'elle vous rendra autant de feuilles de papier que vous lui en aurez donné, et que vous me les adresserez cachetées (4). »
Ainsi, la pensée, la conscience étaient k la gêne, comme le corps. Mais « comme l'esprit humain est toujours curieux de nouveautés, les livres de M""® Guvon
(1) Vie de A/»« Guyon^ 3» partie, chap. 20.
(2) Poésies de M«« Guyon.
(3) Bibl. nat., mss. Clairambault, 563, p. 285.
(4) Bibl. nat., mss. Clairambault, p. 531.