‹ Madame GuyonChapitre 107 sur 156 · CHAPITRE XII. - SECONDE CAPTIVITÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. - SECONDE CAPTIVITÉ

bien, je chanterais de bon cœurie Nuncdtmittis. Nous raconterions a loisir toutes nos aventures, qui sont étranges, et dont pas une ne serait cachée k votre cœur. »

Au printemps, M'"*' Guyon n'avait plus sa liberté. La police, qui la cherchait depuis six mois, unit par la trouver, dans une petite maison du faubourg Saint-Antoine ; et bien qu'elle fût malade, Desgrez l'arrêta le 27 décembre 1695 (1). Dès le soir même. M*"® de Maintenon écrivait k l'archevêque : « Le roi m'ordonne. Monseigneur, de vous mander que M"'' Guyon est arrêtée. Que voulez-vous qu'on fasse de cette femme, de ses amis, de ses papiers? » Elle resta trois jours chez Desgrez, en attendant qu'on se décidât. M*"® de Mainlenon se fût contentée d'un couvent; Bossuet voulut Vincennes; le roi, 'a contre-cœur, satisfit Bossuet et, le 30 décembre, M"™® Guyon était enfermée, avec ses deux servantes, sous le nom de M*"® Besnard (2).

Bossuet se hâta d'écrire « qu'il en était ravi (3). » M"*® de Maintenon l'était moins. « Nous ne pouvons éviter un bruit fâcheux, écrivait-elle a l'archevêque; ma consolation est qu'il ne sera pas sur votre compte (4). » Et huit jours après : « Je suis ravie de ce que vous l'avez édifié (le roi) par la douceur avec laquelle vous traitez cette affaire ; il était tout scandalisé du procédé de M. de Meaux (5). »

(1) Mémoires de Saint-Sinwn, 1. 1, p. 342.

(2) C'est le seul prisonnier qui ait été mis à Vincennes sous un faux nom. (V. Delort, Histoire de la détetttion des gens de lettres, t. III.)

(3) Lettre de Bossuet à M»« de Maintenon, 2 janvier 1(395. (i) Lettre du 1«' janvier 169G.

(5) Lettre du 9 janvier.

Une perquisition (ut faite au domicile de M°^ Guyon. On y trouva une cassette, des opéras de puinault, quelques pièces de Molière, et quelques roaians, comme Jean de Paris, Richard sans peur, Grisélidis, Peau d'Ane^ la BeUe Hélène et Dan Quiehetle. La cassette ne contenait que de pieux écrits. Le tout fut remis k larchevéque (1).

On voulut voir si les gens de police ne seraient pas plus adroits que Bossuet. La Reynie, habitué k questionner les scélérats, fut chargé d'aller tourmenter la prisonnière, et de lui arracher un aveu. Elle subit neuf interrogatoires. On sourit quand on pense qu'elle eut k se défendre au sujet des mauvais livres qu'on avait trouvés chez elle : Grisélidis^ Don Quichotte et MolièrCf chez une femme de quarante-huit ans ! Et La Reynie qui s'en scandalise ! Elle déclara que ces livres appartenaient pour la plupart aux laquais de son iils, lieutenant aux gardes ; il n'y avait que Grisélidis et Don Quichotte qui fussent k elle. On lui montra trois lettres du P. La Combe. Elle dit qu'on ne lui avait jamais défendu de correspondre avec le P. La Combe, et qu'elle le considérait comme un saint.

La Reynie se mêla d'informer aussi sur la doctrine. Il ne put rien tirer qui sentît l'hérésie. M™^ Guyon lui disait, comme toujours, qu'elle avait pu se tromper dans les termes ; qu'il pouvait y avoir des erreurs dans ses écrits, mais qu'il n'y en avait point dans sa pensée ; que sa foi était pure; qu'elle avait été, sans avoir eu k se

(1) Lettre de M»« de Maintenon à M. de Noailles, 3 janvier 1696; lettre de La Reynie au même, 23 mai 1698. (Bibl. nat.)

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