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CHAPITRE XVIII. — DERNIÈRES ANNÉES

Dieu, tellement soumises k sa volonté que si, dans un état de tentation, elles venaient k croire que Dieu les a condamnées k la peine éternelle, elles feraient k Dieu le sacriflce absolu de leur salut.

2"* Il est dans celte vie un état de perfection, un état d'amour de Dieu dans lequel il n'y. a plus lieu ni au désir de la récompense, ni k la crainte des peines.

Bausset observe, sur le premier point, que la plupart des personnes qui faisaient a Dieu le sacrifice de leur salut ne faisaient pas ce sacrifice absolument^ mais sous la condition qu'elles ne cesseraient pas d'aimer Dieu, au milieu des peines éternelles. Telles étaient, en particulier, les dispositions de M™® Guyon(l).

Relativement au second point, il faui remarquer que ce n'est pas Vacte d'amour désintéressé, mais Vétat habituel^ que le bref déclare n'être pas de cette vie. Encore est-il juste de rattacher k cette distinction les deux observations suivantes. L'une est du docteur Habert(2). Il dit expressément « que saint Bernard et tous les catholiques soutiennent que l'homme, dans cette vie, peut demeurer longtemps dans le degré où il aime Dieu pour Dieu et non pour soi. » L'autre est de l'abbé Gosselin, dans ses additions au livre de Bausset. «c L'amour pur, condamné par le bref, est uniquement celui qui exclut comme des imperfections tous les actes explicites des autres vertus, même le désir du salut et la crainte de l'enfer. »

C'est ainsi que vainquirent les adversaires de l'arche-

(1) Hist, de Fénelon, pièces justificatives du livre m, n» 10.

(2) Théol, t. III, p. 600.

véque de Cambrai : ils n'eurent pas lieu de triompher. Après deux ans de lutte ardente, d'écrits, d'intrigues, d'abus de pouvoir, de diffamations, de persécutions, de menaces suspendues sur toutes les têtes, et jusque sur le Saint-Siège, pour arriver k perdre un homme, un grand et saint évéque, seul contre tous, ils étaient battus dans l'opinion publique, et n'obtenaient de Rome qu'une faible part de ce qu'ils voulaient avoir*

Il leur fallait une condamnation solennelle, une bulle ; on ne leur donna qu'un bref.

Aucune proposition ne fut taxée iihérétiquêj ni même A^approcharU de l'hérésie^ quelques efforts qu'on eût faits pour obtenir ces qualifications blessantes.

Les défenses de Fénelon, ces admirables écrits qui passionnaient l'Europe, qui avaient condamné d'avance tout ce que Rome venait de condamner, et qui étaient la plus éclatante justification des sentiments de l'auteur, jamais, quoi qu'on fit, il ne fut possible de les faire censurer. Enfin, l'archevêque de Cambrai avait gain de cause sur la question fondamentale de l'amour pur. La doctrine qu'il avait soutenue resta après cetie affaire ce qu'elle était avant, la doctrine commune des écoles de l'Église catholique.

La décision du Saint-Siège devait déplaire aux prélats par d'autres endroits encore. « La cour de Rome, dit Saint-Simon, sûre de l'impatience du roi de la recevoir, y inséra des termes de son style que la France n'admet point. » « On n'y évita, dit de son côté d'Aguesseau, ni la clause du motu proprio, ni d'autres clauses contraires 'a nos libertés. » Il suppose même que les cardinaux « n'étaient pas trop fâchés d'y semer des épines qui

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