CHAPITRE XVlIÎ. — DERNIÈRES ANNÉES
pussent faire naître des difficultés sur la réception du bref dans ce royaume (1). »
« Eh bien ! Monsieur de Beauvillier, dît le roi en récent vaut le bref, qu'en direz-vous présentement ? Voilk 9 M. de Cambrai condamné, dans toutes les formes. — « Sire, répondit lé duc d'un ton respectueux, mais néati- « moins élevé, j'ai été ami particulier de M. de Cambrai, « et je le serai toujours... » Le roi demeura muet, et les spectateurs en admiration d'une générosité si ferme (2). Quand on apprit au duc de Bourgogne (jUe la doctrine de Fénelon était condamnée : « Celle cjtt^il m'a enseignée, répondit-il, ne le sera jamais (3). »
La gloire était au vaincu. Inférieur & Sossuet dans la science approfondie de la doctrine et des traditions de l'Église, il s'était montré son égal dans cette discussion, par la connaissance du sujet, par l'éloquence et le génie, plus grand que lui par le caractère et par le cœur. Seul, relégué aux confins du royaume, ayant tout contre soi : ses collègues, leur crédit, leurs talents et jusques k leurs vertus; la cour, le roi, avec sa police et sa puissance ; l'opinion de l'Europe entière, émue du cri d'alarme, des accusations et des terribles réticences de Bossnet ; gêné de toutes les façons dans sa défense, il était pourtant parvenu k fermer la bouche k ses accusateurs, k leur imposer le respect, k ramener k lui l'opinion publique, k soulever l'admiration du monde, k re-
(1) D*A0UES8BAU, Mém,, Œuvr, compl., t. XIII.
(2) Mém. de Saint-Simony t. n, p. 291.
(3) Lettre de Ghantérac à Fabb^ de fieaumont, 18' avril idtiS.
cueillir comme une consécration suprême ce qui pouvait lui manquer encore, « ce quelque chose d'achevé que le malheur ajoute k la vertu. ]> Mais c'est dans sa défaite qu'il devait trouver son plus beau triomphe.
Le 25 mars, jour de l'Annonciation, l'archevêque de Cambrai allait monter en chaire pour prêcher sur la solennité du jour, quand le comte de Fénelon, son frère, arriva en poste de Paris. Il lui apportait la première nouvelle de ce qui venait de se passer k Rome. Fénelon se recueillit, changea le sujet de son discours, prit pour tcxle Fiat volontas tua^ et parla sur la soumission due 'a l'autorité de l'Église. La nouvelle s'était rapidement répandue dans l'assemblée. L'auditoire pleura d'admiration et de respect.
Le lendemain, Fénelon rédigea l'acte public de sa soumission: «Nous adhérons à ce bre(, mes chers frères, tant pour le texte du livre que pour les vingttrois propositions, simplement, absolument, et sans aucune restriction... A Dieu ne plaise qu'il soil jamais parlé de nous, si ce n'est pour se souvenir qu'un pasteur a cru devoir être plus docile que la dernière brebis du troupeau. »
C'est ainsi qu'il fil, avec simplicité, ce qu'il avait promis au début : « Si le Pape condamne mon livre, je serai, s'il plaît à Dieu, le premier a le condamner, et 'a faire un mandement pour eu défendre la lecture dans le diocèse de Cambrai (1). »
Ce grand acte de docilité chrétienne fut accueilli par
(1) Lettre à BeauvUlier, 3 août 1697.