CHAPITRE XVIII. - DERNIÈRES ANNÉES
Son àme, profondément blessée, ne songeait guère aux honneurs, ni aux vains bruits du monde : il vivait de résignation, de dévoùment, de travail et d'amitié. « On serait tenté, écrivait-il, de désirer que tous les bons amis s'entendissent pour mourir ensemble le même jour. » Ses amis partirent Tun après l'autre : l'abbé de Langcron d'abord, puis le duc de Bourgogne, puis le duc de Chevreuse. L'âme si sensible de Fénelon était frappée k chaque fois d'un coup terrible : « 0 mon Dieu, s'écriait-il, qu'une vraie amitié cause de douleur (1) !» Et un autre jour : « Je ne vis que d'amitié, et c'est l'amitié qui me fera mourir (2). » Peu de temps après, le duc de Beauvillier lui était ravi. Fénelon traina quatre mois encore une vie languissante; puis il tomba malade et mourut (3) : le monde perdait une des plus belles âmes qui aient jamais paru sur la terre,
M"* Guyon restait presque seule de cette petite société si pieuse, si courageuse et si dévouée. Fénelon, Beauvillier, Chevreuse lui restèrent attachés jusqu'à leur dernier soupir : c'est de la vénération qu'ils avaient pour elle (4). Elle eut, dit Saint-Simon, « ses confesseurs et ses martyrs, » qui s'étaient étroitement attachés à elle et que « rien n'en put séparer (5). »
(1) Lettre au duc de Chevreuse, 27 février 1702.
(2) Lettre à Tabbé de Beaumont, 20 mai 1704.
(3) Le 7 janvier 1715.
(4) Bausskt, Hist, de Fénelon, pièces justificatives du 3« livre. — Le marquis DE Fénelon, préface des Œuvres spirituelles de Fénelon.
(5) Additions au Journal de Dangeau, t. XVII, p. 106. — Sur l'attachement de M>B« de La Maisonfort pour M"*' Guyon, v. Lettres de M„. (de la Bletterie) à un ami, 1733, 3* lettre, p. 70.
m MADAME GUYON.
C'est pour six mois seulement, afio de rétablir sa saute, que U°^^ Guyon était sortie de la Bastille. Le 9 septembre 1703 (1), on lui accorda six mois encore; puis la liberté devint définitive. Elle ne fut jamais complète. M^^^ Guyon demeura trois ans et demi k Diziers. Vers le milieu de 1706, des difficultés survenues entre elle et sa belle-fille rendirent la vie commune assez insupportable, pour que Ion songeât k se séparer. Il &llut donc solliciter l'agrément du roi pour une autre résidence ; c'est Gourbouzon que Ton proposa. Le 28 août, le roi autorise, pour trois mois ; mais huit jours après, Tévéque de Blois reçoit une nouvelle lettre de Pontchartrain. « Lorsque le roy a permis k Mme Guyon de demeurer dans la terre de Gourbouzon, S. M. ne savait pas que cette terre fust si éloignée de vous et bors de votre diocèse (2). Aussi le roy ne veut point qu elle aille dans ceste maison et souhaite que vous luy en cherchiez une qui luy convienne, dans quelqu'une de vos paroisses de la campagne, où vous soyez a portée de veiller sur toute sa conduite (3). »
Enfin, le 15 septembre, il est décidé que M*"*" Guyon ira demeurer dans la maison des Forges, près Suèvres. Peu de temps après, au bout de trois mois, selon toute apparence, elle alla s'établir a Blois, où elle passa les dernières années de sa vie. L abbé de La Bletterie, qui
(1) Lettres de Pontchartrain à Tévéque de Blois, 25 juin, et au cardinal de Noailles, 12 août 1703. (Arch. uat.)
{2) Gourbouzon, aujourd'hui du diocèse de Blois, se trouvait à cette époque dans l'archidiacoiié de Baugency, diocèse d'Orléans.
(3) Lettre du 1" septembre 1703. (Corresp, administ.)