‹ Madame GuyonChapitre 24 sur 156 · CHAPITRE III. - LA VIE MYSTIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. - LA VIE MYSTIQUE

chargea d'une lettre pour sa sœur. « J'hésitai beaucoup si je le verrais, dit M"" Guyon, parce que je craignais fort les nouvelles connaissances. » Mais le Père de La Motte priait sa sœur de faire bon accueil k La Combe, disant qu'il était fort de ses amis. La Combe fut reçu, c Cette conversation, qui fut courte, lui fit désirer de me voir encore une fois. Je sentis la même envie de mon côté, car je croyais qu'il aimait Dieu, ou qu'il était tout propre k l'aimer. »

Le Père La Combe, quelques jours après, retourna voir M*"* Guyon k sa maison de campagne, qui était k une demi-lieue de la ville (1). 11 charma M. Guyon par son esprit; mais, pendant la' conversation, il se trouva mal et sortit au jardin. M. Guyon, pensant qu'il ne serait pas sage de le laisser seul, dit k sa femme de l'aller rejoindre. « J'y allai. Ce Père me dit qu'il avait remarqué un recueillement et une présence de Dieu sur mon visage, si extraordinaire qu'il se disait k lui-même : « Je n'ai « jamais vu de femme comme celle- Ik ; » et c'est ce qui lui fit naître l'envie de me revoir. Nous nous entretînmes un peu, et vous permîtes, ô mon Dieu, que je lui dise des choses qui lui ouvrirent la voie de l'intérieur. Dieu lui fit tant de grâces par ce misérable canal, qu'il m'a avoué depuis qu'il s'en alla changé en un autre homme (2). »

Le Père La Combe quitta bientôt Montargis, et M*** Guyon ne pensait pas qu'elle dût jamais le revoir. Elle fit un voyage au mois de mai de l'année suivante (1672). Son but avoué était de consulter les médecins;

(i) Cest Le Qiesnoy, près de Montargis. Le Chesnoy est atgourd'hui ime propriété communale.

(^ Vie de M** Guyon^ chap iLvni.

mais elle tenait beaucoup plus k consulter M. Bertot, directeur renommé de Tépoque, qui lui avait été recommandé par la mère Granger, et sans doute aussi par la duchesse de Bétbune (1). Elle le vit plusieurs fois et resta en correspondance avec lui; mais comme elle n'avait pas alors le don d'expliquer ce qu elle éprouvait, M. Bertot ne la comprit jamais et ne lui fut d'aucun secours (2). M"** Guyon se retira ensuite dans une communauté des environs de Paris pour y faire une retraite. C'est Ik qu'elle reçut, le 2 juin, une lettre dans laquelle son mari lui annonçait que M. de La Motte était malade et que sa vie était en danger. « Mon père est mort, » ditelle, et aussitôt elle partit. Elle trouva aux environs de Ferrières une de ses parentes et son confesseur, qui l'attendaient pour lui annoncer la triste nouvelle. Elle ne put dire un mot ni verser une larme, arriva chez elle, et tomba épuisée de fatigue et de douleur. Un autre malheur allait la frapper encore.

c Sur les deux heures après minuit, mon mari se leva ; et étant sorti de ma chambre, il revint aussitôt, criant de toutes ses forces : « Ma fille est morte ! »

a C'était ma fille unique, une enfant autant aimée qu^elle était aimable. Vous l'aviez pourvue, ô mon Dieu, de tant de grâces spirituelles et corporelles qu'il aurait fallu être insensible pour ne la pas aimer. Elle était pure et modeste comme un petit ange, très-douce et très-obéissante. Je la regardais comme mon unique consolation sur la terre (5). »

(1) Journal de Dangeau, t. IV, p. 425, addit. de Saint-Simon.

(2) Vie de Af»» Guyon, chap. xix.

(3) Vie de M"»* Guyon, chap. xix.

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