‹ Madame GuyonChapitre 37 sur 156 · CHAPITRE IV. - LA VOCATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. - LA VOCATION

autre fois, en carrosse à Genève ; le carrosse avait versé ; ik-dessus, on faisait une foule de contes ridicules et faux. C'est à cent cinquante lieues de M'"'' Guyon que se trouvait alors le P. La Combe. Mais rien n'était contredit ; car les correspondances étant toujours interceptées, Il<ne Guyon ne se pouvait défendre. Elle restait calme au milieu de ces épreuves, « Toute cette tempête, dit-elle, ne faisait pas la moindre altération k mon esprit ; je me laissais conduire par la Providence journalière de moment en moment, sans penser au lendemain... Mon âme était alors, ce me semble, comme une feuille ou comme une plume que le vent fait aller comme il lui plait (1). » Elle se compare encore k une personne qui dort sans craindre le danger, et se laisse entraîner au courant d'une rivière rapide. C'est dans cette inaltérable quiétude qu'elle met la perfection et le bonheur.

M. d'Arenthon vint k Thonon après les fêtes de Pâques. Il pressa M"*' Guyon de retourner a Gex, de s'engager, et de se mettre k la tête du couvent. « Je lui dis que nul n'était supérieur sans avoir été novice, que du reste il connaissait ma vocation ; que cependant je lui parlais comme k un évéque, qui tenait la place de Dieu ; qu'il pftt garde de ne regarder que Dieu dans ce qu'il me disait; que s'il me disait de m'engager, tenant la place qu'il tenait, je le ferais. 11 demeura tout interdit et me dit : « Puisque vous me parlez de cette c sorte, je ne puis point vous le conseiller; mais faites du « bien, je vous prie, k cette maison. » Je lui promis de le faire, et ayant reçu ma pension, je leur envoyai cent

(1) Vie de If** Guyon^ 2* part., chap. vu.

pistoles, avec dessein de continuer la même chose, tant que je serais dans le diocèse. > M'"'' Guyon prit Ja liberté de dire à l'évéque que tout irait mieux s'il pouvait, en toutes choses, voir par lui-même, au lieu de s'en rapporter aux autres. Il en convint et se retira fort content. « Cependant, k peine s'en fut-il retourné qu'il m'envoya dire par un ecclésiastique que je m'engageasse, et que c'était son sentiment. Je priai cet ecclésiastique de lui dire que je me tenais au conseil qu'il m'avait donné ; qu'il m'avait parlé en Dieu, et qu'on le faisait, a présent, parler en homme (1). »

M*"*" Guyon resta plus de deux ans chez les Ursulines de Thonon. C'est Ik qu'elle écrivit son livre des Tervents ^ au commencement de 1685 (2). A l'automne de la même année, elle fut atteinte d'une douloureuse maladie, qui dura jusqu'au mois de mai de l'année suivante. On crut un moment qu elle allait mourir, et elle en avait une joie extrême. Le P. La Combe était revenu de Rome. A genoux près du lit, il observait les progrès du mal : il voyait le visage pâlir, les yeux s'éteindre. Il demanda a la malade où était la mort ; elle mit la main sur son cœur. Alors La Combe, d'une voix forte, défendit au mal (le passer outre. Le mal se retira, et M*"® Guyon fut sauvée (3).

(1) Vie de Af«n« Guyon, 2« part., chap. vu.

(2) « Quand elle l'écrivit, elle se trouvait à Annecy, aux Nouvelles- Converties. » (Michelet, Le Prêtre, la Femme et la Famille, chap. vu.) Les Nouvelles-Converties étaient à Grex. M">* Guyon ne résida jamais à Annecy. Enfin, elle dit eUe-méme que c'est à Thonon qu'eUe écrivit les Torrents, ^

(3) Vie de Af"»» Gtit/on, 2« part., chap. xiv.

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