‹ Madame GuyonChapitre 36 sur 156 · CHAPITRE IV. — LA VOCATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — LA VOCATION

qui avait disposé de ses biens, sans consulter seulement son cvêque? Il fut cependant convenu que Ton y mettrait une grande douceur, et que Ton offrirait k M'"'' Guyon Talternative assez flatteuse d'être supérieure, ou de sortir. Puis, pour faire entrer dans ce dessein la supérieure des Nouvelles-Catholiques, on lui représenta qu'il y allait de l'avenir du couvent ; que M"* Guyon disposait encore d'une pension viagère, bonne a prendre, mais surtout que sa présence k la tête de la communauté ne pouvait manquer de donner k rétablissement un grand prestige, et d'attirer les aumônes de Paris.

M"* Guyon n'était plus dans l'âge, ni surtout k ce degré de confiance ingénue où l'on se laisse aller k de séduisants mirages. Elle répondit sans embarras que sa vocation n'était point déclarée ; qu'elle ne pouvait d'ailleurs être supérieure avant d'avoir été novice ; que les plus simples sœurs avaient fait deux ans de noviciat ; qu'elle demandait k faire de même ; et qu'après cela, on verrait.

Le Petit-Évêque était pris. Il revint au système des persécutions et ne garda plus de mesure. Il interceptait les lettres adressées k M'"*' Guyon et celles qu'elle écrivait elle-même, de manière k tirer parti de cette correspondance, pour disposer les esprits comme il l'entendait, sans que M"** Guyon pût se défendre, ni rien soupçonner. En même temps, M. d'Aranthon agissait auprès du P. La Combe. « Mon Père, lui dit-il, il faut absolument engager cette dame k donner ce qu'elle a k la communauté de Gex, et la faire supérieure. — Monseigneur, répondit La Combe, vous savez ce qu'elle vous a dit elle-même de sa vocation. — Mon Père, Je sais

cela; mais je sais, en même temps, qu'elle est si obéissante que si vous lui ordonnez de le faire, elle le fera assurément. — C'est pour cette raison. Monseigneur, qu'elle est fort obéissante, qu'il faut se précautionner dans les commandements qu'on lui fait. — Mon Père, toutes ces raisons ne sont bonnes à rien ; si vous ne faites pas faire cela k cette dame, je vous interdirai. — Monseigneur, je suis prêt k souffrir non seulement l'interdit, mais la mort, plutôt que de rien faire contre mon honneur ni contre ma conscience. » Et il se retira (1).

Le séjour de Gex n'était plus supportable ; M*"' Guyon prit le parti de se retirer auprès de sa fille, chez les Ursulines de Thonon. Le lendemain de son arrivée, le P. La Combe en partit, pour aller prêcher le carême dans la vallée d'Aoste. Il devait, de là, se rendre k Rome.

M*"*" Guyon n'eut pas plus tôt quitté les Nouvelles- Catholiques que, soit dépit,. soit vengeance, soit crainte qu'elle ne parlât trop, le Petit-Êvêque et les sœurs mirent tout en œuvre pour la compromettre et la perdre. On décria le P. La Combe dans les lieux qu'il avait évangélisés, et on le peignit de si sombres couleurs qu'une pauvre femme n'osait plus réciter son Pater^ parce que c'est de lui qu'elle avait appris k le dire. En même temps, les religieuses de <jex écrivaient contre M'"'' Guyon, a Paris et de tous côtés. On disait qu'elle courait le pays avec' le P. La Combe; on l'avait rencontrée en croupe derrière lui ; on les avait vus, une

(l) Vie de Af"« Guyon ^ 2* part., chap. vi.

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