‹ Madame GuyonChapitre 40 sur 156 · CHAPITRE V. — LA VIE ERRANTE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — LA VIE ERRANTE

petit endroit, si pauvre et si solitaire. Je m'y trouvais plus heureuse que les souverains, » tant Tindépendance a de charmes.

]y[ûie QuyQQ Qg JQuî^ p^g longtemps de la paix qu'elle

croyait avoir enfin trouvée. La malveillance s'acharna après elle; Gex la persécuta plus que jamais. M. d'Aranthon finit par l'inviter k quitter son diocèse, et en chassa le p. La Combe. L'évéque de Verceil, l'ayant su, manda aussitôt le p. La Combe, pour en faire son théologal et son conseil. En même temps, la marquise de Pruney écrivait k M"* Guyon pour lui offrir un asile auprès d'elle, et elle obtenait une lettre de cachet qui obligeait le p. La Combe k venir passer quelques jours k Turin. Il fut donc convenu que M"' Guyon se rendrait k Turin, chez la marquise, que le P. La Combe l'y conduirait, et irait ensuite k Verceil.

La Combe, avant de partir, écrivit une longue lettre k Tévêque de Genève. Il lui représentait la perte que faisait son diocèse dans la personne de cette femme admirable, < que Dieu avait ôtée k la France, pour la donner k notre pauvre Savoie, capable d'embaumer tous nos monastères de l'amour de Dieu. » Puis, faisant allusion k ce qui s'était passé entre l'évéque et lui, au sujet des Nouvelles-Catholiques : c Vous le savez, dit-il, je n'avais changé ni de mœurs, ni de doctrine, quoique M'"^ Guyon eût quitté les Nouvelles-Catholiques; et cependant, avant cela, j'étais propre k diriger toutes les communautés, et après, je n'ai plus été capable d'en diriger aucune (1). »

(1) Éclairci88ementê sur la vie de M, iVAfanthany p. 31.

Voulant garder toutes les bienséances et fenner la l)Ouche k ses persécuteurs, M"*® Guyon prit, avec le Père La Combe, un autre religieux et un garçon qu'elle avait amené de France. Les trois hommes allaient k cheval ; jfffie Quyon^ sa fille et sa servante suivaient en litière. On n'évita rien ; les calomnies recommencèrent, et c'est le propre frère de M*"' Guyon, le P. de la Motte, qui les répandait dans Paris. Il ne pardonnait point k sa sœur de ne lui avoir pas assuré, quand elle se défit de ses biens, une pension qu'il attendait d'elle.

ce On s'est imaginé, dit M"""" Guyon, parlant du P. La Combe et d'elle-même , que notre amitié était naturelle. Combien de fois nous disions-nous que si l'union était naturelle, nous ne l'aurions pas conservée un moment, parmi tant de croix ! » Elle décrit, en différents endroits de ses mémoires, les caractères de cette amitié mystique, qui n'avait rien de sensible, et que rien ne pouvait détruire, ni altérer.

Pendant qu'elle était malade k Thonon, M"' Guyon éprouva auprès du P. La Combe qu'il y a, pour converser, un autre moyen que la parole, et que les communications des âmes peuvent se faire en silence, comme se font les communications et les opérations de Dieu. « Ce fut, dit-elle, un pays tout nouveau pour lui et pour moi, mais si divin que je ne le puis exprimer... Nous passions des heures dans ce silence, toujours communicatif, sans nous dire une parole... Il me fut donné de me communiquer de cette sorte k d'autres bonnes âmes, mais avec cette différence que pour les autres, je ne faisais que leur communiquer la grâce dont elles se remplissaient auprès de moi, dans ce silence sa-

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