CHAPITRE V. - LA VIE ERRANTE
cré ; mais je ne recevais rien d'elles. Mais pour le P. La Combe, j'éprouvais qu'il se faisait un flux et reflux de communications de grâce; qu'il recevait de moi, et que je recevais de lui. »
]l|fl»e (juyQu s'élève ensuite k une conception générale des communications mystiques, qui ne manque ni de hardiesse, ni de grandeur. Voici, en résumé, sa théorie.
Un va-et-vient, un rayonnement mystérieux et éternel, met en communication permanente les personnes divines, et fait qu'elles ont la même pensée, la même volonté, le même amour.
Ces mystérieux écoulements sont directement communiqués aux bienheureux de la plus haute hiérarchie céleste. Ils se les renvoient l'un k l'autre, par un flux et reflux qui ne s'arrête jamais. De Ik, ils passent succesr sivement, de la même manière, mais en s'afiaiblissant de plus en plus, k travers toutes les hiérarchies des saints.
Ainsi sont associés, par la communication mutuelle des mêmes faveurs, les saints d'un même ordre ; ainsi se trouvent unies dans un merveilleux enchaînement tontes les hiérarchies célestes ; ainsi elles se rattachent toutes k Dieu par ces communications de vie, de lumière et d'amour, qui leur distribuent, en des mesures différentes, la vie éternelle, la vérité éternelle et l'éternel bonheur.
Or ces divins écoulements se propagent du ciel sur la terre. C'est aux âmes parvenues au plus haut degré de la vie mystique que se communique d'abord le mouvement descendu du ciel. 11 rayonne de l'une k l'autre, puis descend, en s'afiaiblissant, aux âmes du degré in-
férieur, et ainsi de suite, comme dans les hiérarchies des saints. < Il me fut montré qu'il y avait des âmes qui communiquaient k une infinité d'autres âmes, sans les connaître, et k qui la grâce de la perfection desautres était attachée, et que cette hiérarchie se conserverait durant toute Téternité, où les âmes bienheureuses recevraient des mêmes personnes par qui la grâce leur avait été communiquée, et que celles qui se communiquaient réciproquement seraient en pareil degré. Ce fut la que j'appris le secret de la fécondité et de la maternité spirituelle, et comment l'Esprit- Saint rend les âmes fécondes, leur donnant de communiquer aux autres le Verbe qu'il leur communique , et que c'était de cette sorte qu'il me serait donné des enfants sans nombre (1). »
Cet apostolat, cette maternité spirituelle tiennent une place considérable dans la vie de M*"" Guyon. A peine sortie de l'enfance, elle montrait aux petites bergères à prier; elle eût voulu embraser le monde de l'amour de Dieu. Ces idées, cette ardeur de prosélytisme se développant avec les années, elle finit par se croire appelée k être la pierre fondamentale d'un grand édifice et la mère d'un grand peuple. C'était, pendant le jour, sa préoccupation constante ; la nuit, elle y rêvait. Elis eut, k ce sujet, pendant son séjour k Turin, un songe mystérieux, qu'il est k propos de rapporter, parce que Bossuct, dans la suite, en tira parti contre elle.
Elle rêva donc qu'elle se trouvait avec une amie sur une montagne, au milieu d'une mer orageuse et rem-
(1) Vie de Af"« Guyon, 2« part., chap. xm.