‹ Madame GuyonChapitre 53 sur 156 · CHAPITRE VI. - LA DOCTRINE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. - LA DOCTRINE

Négligeant à dessein les sommets de la vie mystique, qui feront l'objet des Torrents, M*"® Guyon partage en trois étapes la voie tracée a ceux qui débutent. En d'autres termes, il y a trois degrés d'oraison.

Le premier, c'est la méditation^ qui comprend la lecture méditée et la méditation proprement dite.

Le second, c'est Voraison de simplicité, qui consiste a se tenir dans le recueillement et le silence, en présence de Dieu. L'âme arrivée à ce degré trouve l'oraison aisée et douce. € Elle voit que c'est le chemin qui mène à Dieu ; elle sent l'odeur de ses parfums. )»

Le troisième degré s'appelle la contemplation active. L'âme sent que Dieu s'empare d'elle, qu'elle n'a qu'à le laisser agir, pour pratiquer naturellement toutes les vertus et s'élever 'a la mysticité transcendante. « Qu'elle demeure donc fidèle en cet état, et qu'elle se garde bien de chercher d'autre disposition que son repos. Il n'y a rien a faire qu'a se laisser remplir de cette effusion divine. »

Nous touchons ici à un des points les plus délicats de la doctrine. Que deviennent, en effet, au milieu de ce repos, de ce laisser faire, de ce silence, les actes ordinaires de la vie chrétienne, la résistance au mal, la préparation aux sacrements, la prière ?

Voici la pensée de M"'' Guyon.

Quand les prières vocales sont obligatoires, il faut les faire. Quand elles ne sont pas d'obligation, on peut les faire. Mais si l'âme y trouve quelque difficulté et qu'elle se sente attirée ailleurs, qu'elle ne fasse point d'efforts ; qu'elle se laisse conduire à l'esprit de Dieu. Quant aux demandes, l'âme est dans l'impuissance d'en faire ; car

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elle a renoncé à tous ses intérêts pour s'abandonner à la volonté de Dieu.

Faut-il nous inquiéter, nous affliger de nos défauts ? Non, « parce que Finquiétude ne vient que d*un orgueil secret : nous avons peine à sentir ce que nous sommes. Une âme véritablement humble ne s'étonne point de ses faiblesses ; et plus elle se voit misérable, plus elle s'abandonne à Dieu et tâche de se tenir auprès de lui, voyant le besoin qu'elle a de son secours.

Dans les tentations, il faut agir de même. Au lieu de les combattre directement, ce qui ne ferait que les augmenter, on doit en détourner simplement sa vue et s'approcher de plus en plus de Dieu, « comme un petit enfant qui voyant un monstre ne s'amuse pas à le combattre, ni même à le regarder, mais s'enfonce doucement dans le sein de sa mère (1). »

L'examen de conscience doit se faire sans inquiétude. Au confessionnal, voici ce qui arrive souvent aux personnes engagées dans cette voie, et qui les étonne. « Au lieu du regret et d'un acte de contrition, qu'elles avaient coutume de faire, un amour doux et tranquille s'empare de leur cœur. » C'est « un acte éminent, qui comprend les autres, avec plus de perfection ; c'est haïr le péché comme Dieu le hait, que de le haïr de cette sorte (2). » Sans prétendre qu'il ne faille point se mortifier, M^'Guyon n'attache qu'une inlportance secondaire aux mortifications corporelles. Comme c'est l'âme qui donne aux sens leur vigueur, le vrai moyen de mortifier les sens, c'est

(1) Moyen courte chap. xix.

(3) Moyen courte chap. xv.

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