‹ Madame GuyonChapitre 52 sur 156 · CHAPITRE VI. - LA DOCTRINE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. - LA DOCTRINE

reste pas ihoIds réelle et féconde. L^effet n'est pas toujours proportionnel k Teffort ; voyez Tenfant : « Il commence par remuer ses petites lèvres, pour faire venir le lait ; mais lorsque le lait vient avec abondance, il se contente de Tavaler doucement, sans se mouvoir... puis il s'endort sur le sein de sa mère. » Il en est de même de Tâme. Elle avale doucement, sans effort, le lait de la grâce, et finit par s'endormir du sommeil mystique, dans lequel ses facultés perdant la conscience d'elles-mêmes, subsistent et opèrent en silence : on dirait qu'elles ont disparu. » L'intérieur n'est point une place forte, qui se prenne par le canon ou par la violence; c'est un royaume de paix, qui se possède par l'amour.

C'est donc parler improprement que de dire qu'on ne fait pas d'actes. Tous font des actes ; mais tous ne les font pas de la même manière. Il y a des actes distincts et sensibles^ parce qu'ils sont réfléchis, et des actes directs, et insensibles. Les premiers sont pour les commençants ; les autres, pour les âmes avancées. Chaque chose doit se faire en son temps. Au commencement, il faut travailler avec effort ; ensuite, on n'a plus qu'à jouir du fruit de son travail. « Lorsque le vaisseau est au port, les mariniers ont peine 'a l'arracher de là pour le mettre en pleine mer ; mais ensuite, ils le tournent aisément du côté qu'ils veulent aller... Enfin, on commence à voguer très-doucement, et le vaisseau s'éloigne si fort qu'il faut quitter la rame devenue inutile. Que fait alors le pilote? Il se contente de tendre les voiles et de tenir le gouvernail (1) » Il en est de même de l'âme : une fois qu'elle

(1) Moyen cowrt, chap. xxii.

a tendu sa voile, elle n'a plus qu'à demeurer tranquille et à voguer sous le souille de Dieu.

L'âme passe ainsi successivement par les différents degrés de Tunion divine; car Funion ne se fait pas tout d'un coup : elle commence, se continue et se consomme. Le commencement, c'est la tendance k l'union; puis l'âme s'approche de Dieu de plus en plus ; ensuite, elle s'attache k lui , s'unit k lui ; enfln, elle se perd en lui et devient une avec lui. C'est alors qu'il faut que toute activité cesse. Car on ne peut pas unir des choses incompatibles, et Dieu étant dans un repos infini, il faudra ([uc l'âme, pour lui rester unie, participe k ce repos. D'ailleurs, l'activité propre n'est-elle pas la source de toute impureté dans les créatures? Si donc elle persiste, comment Dieu, qui est la pureté essentielle, pourra-t-il s'unir à nous? Le rayon de soleil peut bien toucher la fange, mais il ne peut pas s'y unir (1).

En résumé, l'âme agit, au commencement, d'une manière distincte et réfléchie. Puis, k mesure que l'opération de Dieu devient plus forte, celle de l'âme devient confuse, insensible; enfin, elle est complètement perdue, absorbée dans l'action de Dieu. Quel est donc le rôle du libre arbitre dans les actes de la ve mystique? Le voici. L'âme, au début, donne un consentement actif et général a tout ce qui sera fait. Dans la suite elle donne ce que M*"' Guyon appelle un consentement passif k ce que Dieu fait. La liberté se déploie et s'épuise pour ainsi dire k l'origine ; mais rien ne se fait sans elle, puisque d'avance elle a tout accepté.

(1) Moyen court, chap. xxiv.

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