CHAPITRE 1er. - LA JEUNE FILLE
mortifiée, ce qui marque combien j'avais déjh d'amourpropre. » C'est toujours ainsi que M™® Guyon parle d'elle-même, dans ces curieux mémoires, qui ne furent écrits que pour son confesseur. Elle n'y cherche point h se surfaire, ni à s'amoindrir, mais, suivant Tordre qu'elle avait reçu, a tout dire : le bien, le mal, la vérité.
Cependant, l'autre sœur que Jeanne avait au couvent fut jalouse; elle voulut avoir la petite fille a son tour, et on crut devoir la lui donner. « Elle me caressa d'abord ; mais toutes ses caresses ne firent aucune impression sur mon cœur ; mon autre sœur faisait plus, d'un regard, qu'elle avec ses caresses ni avec ses menaces. » Voyant, en effet, qu'elle n'était pas aimée, elle devint, de dépit, rigoureuse et méchante.
M. de La Motte, informé de ce qui se passait au couvent, emmena chez lui sa fille ; elle avait à peu près dix ans. Jeanne, cette fois, ne resta pas longtemps dans sa famille. La prieure des Dominicaines, qui était une intime amie de son père (1), la vit, la prit en affection et désira l'avoir. Elle promit de la faire coucher dans sa chambre et de s'occuper beaucoup d'elle. C'était trop s'engager.
Son couvent, en eflet, était dilïicile à conduire. Fondé, dès le commencement du XIII'' siècle, par une fille de Simon de Montfort; visité par saint Dominique
(1) C'était alors Edmée de Courtenay. Nous relevons parmi les dignitaires du couvent à cette époque: Isabelle de Courtenay, Madeleine de Postel, Renée de Grailly, Geneviève de Birague. (Archives départ, du Loiret.)
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qui, dit-on, y lit des miracles; hahilé plusieurs fois par des princesses ; comble de dotations et de faveurs, ce monastère était illustre et riche ; il ne recevait que des iilles nobles. Ce fut trop souvent pour les familles un asile discret et sûr, où Ton enfermait les filles pour n'avoir pas k les doter. Elles arrivaient avec leur jeunesse, leurs souvenirs, leurs espérances, leurs larmes et leur orgueil ; elles haïssaient, soupiraient, murmuraient, cabalaient, au lieu d'aimer, de prier et d'obéir. En s'engageant avec M. de La Motte à prendre un soin tout particulier de sa fille, la prieure avait promis plus qu'elle ne pouvait donner.
Jeanne, pendant son séjour 'a Saint-Dominique, eut une petite vérole volante, qui la retint au lit près d'un mois. Aucune des sœurs, pendant ce temps, n'osa s'approcher d'elle, tant elles craignaient pour leur vie, et peut-être pour leur beauté. Seulement, aux heures des repas, une sœur converse apportait k la petite malade un peu de nourriture, et se retirait en courant. Une Bible, par bonheur, avait été oubliée dans la chambre. Jeanne s'en saisit, la dévora, oublia ses maîtresses et guérit.
La convalescence ne fut pas mieux traitée que la maladie, et M. de La Motte, voyant que sa fille dépérissait tous les jours, la retira de Saint-Dominique. Elle y avait passé huit mois.
C'est vers le mois de novembre 1658 que Jeanne quitta les Dominicaines ; elle allait avoir onze ans ; c'était Tàge de la première communion pour les filles. M. de La Motte, pour l'y préparer, la remit chez les Ursulines,