‹ Madame GuyonChapitre 65 sur 156 · CHAPITRE VII. — LE QUIÉTISME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — LE QUIÉTISME

méditation, se trouve dans le calme et la tranquillité de la contemplation, doit laisser là tous les raisonnements, demeurer dans le repos et dans le silence, jeter sur Dieu des regards simples et amoureux, rejeter doucement toutes les imaginations qui se présentent a elle, retenir ses esprits et les tourner tous vers Dieu, se contenter de la connaissance générale et confose que la foi nous en donne, tourner toute sa volonté à Taimer (1). »

« C'est donc avec raison que les saints disent que les fruits de la méditation sont accompagnés de travail, et que la contemplation opère sans peine, dans un état de tranquillité, de repos et d'amour. La méditation sème, et la contemplation recueille ; elle trouve ce que la méditation cherchait (2). »

II y a deux sortes de contemplation : la contemplation active et la contemplation infuse. La contemplation active succède à la méditation. Dès que Tàme a une fois trouvé Dieu, elle s'accoutume k le chercher, non plus par l'esprit, mais par le cœur. Même elle ne peut plus raisonner, et elle éprouve une sorte de dégoût pour les livres spirituels, qui ne lui parlent point de la joie si douce qu'elle sent en elle-même. Elle cherche donc la solitude, elle se recueille et arrive ainsi a la contemplation de Dieu. Il y a encore ici une action de l'âme, secondée par la grâce; c'est pour cela que cette première forme de la contemplation s'appelle conlemplation active.

Deux laits principaux la caractérisent et la constituent :

(1) Introd. à la Guide spirit., section m, n» 13.

(2) Introd à la GuUU spirit , section ui, n» 18.

le silence mystique et Tabandon. Le silence comprend le silence des paroles, le silence des désirs et celui des pensées. Ne dites rien, ne désirez rien, ne pensez a rien ; alors Dieu parle k votre âme ; écoutez-le.

L^abandon consiste k se dépouiller de tout : de ses sens, de son esprit, de sa volonté, et k faire le sacritice de soi k Dieu.

L'acte d*abandon est permanent de sa nature ; il dure jusqu'k ce qu'il ait été révoqué par une faute grave. < Vous êtes continuellement, dit Molinos, dans une oraison virtuelle. » On ne cesse de prier qu'en cessant d'être juste (1). » V

Quand l'âme a pris l'habitude du recueillement intérieur et qu'elle veut décidément mourir k ses passions et k ses opérations propres. Dieu l'élève d'ordinaire, sans qu'elle s'en aperçoive, k un parfait repos, la pénètre intimement de sa douce lumière et l'embrase de son amour, qui lui donne une force divine et une étonnante disposition k toutes les vertus. C'est alors que le divin époux, suspendant ses facultés, l'endort d'un sommeil doux et tranquille. Et l'âme, unie au souverain bien, goûte, dans un silence et un calme inconcevables, des jouissances qui dépassent tout ce que l'on pourrait imaginer. Dieu opère en elle puissamment et doucement, sans qu'elle y contribue, ni même qu'elle le sache.

Telle est la contemplation infuse et passive. C'est une révélation expérimentale que Dieu fait de soi, de sa paix, de sa bonté, de sa douceur. Il est donné k peu

(1) Guide spirity, liv, i, chap. xiu, xvn eipamm.

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