CHAPITRE VII. - LE QUIÉTISME
d'âmes d'être élevées k cette pure et parfaite oraison (1).
Li'âme y est fortement enivrée de Tamour de Dieu, et si soumise à ses ordres, qu'elle irait de bon cœur en enfer, pour lui obéir ; mais elle ne tarde pas k arriver k une espérance certaine de ne perdre jamais Dieu, de n'en être point séparée.
On distingue plusieurs degrés dans la contemplation infuse, comme les extases, les ravissements, l'évanouissement, les noces, les baisers, les embrassements, etc.; < mais je n'en parlerai pas, dit Molinos, parce qu'il y a des livres tout entiers qui en traitent, et que ces sortes de choses sont pour ceux qui ne les ont pas éprouvées ce que les couleurs sont aux aveugles, et l'harmonie aux sourds (2). C'est une règle sans exception, et la plus importante de la théologie mystique, qu'il faut en savoir la pratique avant la théorie (3) . »
C'est dans cette retraite intérieure que Jésus forme un paradis où nous pouvons entrer et converser avec lui sur la terre. L'âme ne veut alors et ne souhaite que ce que son amant désire. Elle n'est plus, c'est Dieu qui vit en elle ; elle est transformée ; elle est déifiée. Du reste, quelque progrès qu'on ait fait dans cet heureux état, il faut être persuadé qu'il reste toujours k marcher, k purifleret k anéantir (4).
On retrouve dans Molinos une séparation dangereuse
(1) Guide 9pint,f liv. m, chap. xiii et xit. (3) Guide tpirit.j Ivi, m, chap. xv.
(3) Guide spiriL, IW. m, chap. xviii.
(4) Guide spirit.j liv. ui, chap. xix et xx.
(le la partie supérieure et de la partie inférieure de Tàme. Il se rattache par Ik aux anciens quiétistes et particulièrement aux Bégards. < Ainsi, durant un violent orage, on voit, de dessus le sommet d'une haute montagne, la terre couverte de nuages épais, les éclairs briller, la foudre et la grêle tomber, pendant que cette hauteur, inaccessible aux tempêtes et toute resplendissante de lumière, jouit d'un calme profond et d'une sérénité inaltérable.
< La même chose arrive a cette âme fortunée. Pendant que la partie inférieure est agitée de tribulations, de combats, de ténèbres, de désolations, de tourments et de martyres, la partie supérieure est comme un mont élevé, tout éclatant de lumière, calme, serein, tranquille et le séjour de la paix et de la joie (1). »
Le second livre de la Guide est consacré aux directeurs. Molinos leur donne de sages conseils, comme de ne visiter pas leurs filles spirituelles, et d'éviter avec soin les douces paroles. Mais il les revêt d'une autorité effrayante. Il va jusqu'à dire qu'il vaut mieux obéir a son directeur -qu'à Dieu même, et qu'on ne peut jamais errer en suivant le conseil de son directeur. Ces deux énormités s'appuient sur une troisième : c'est que Dieu ne permet point que les directeurs se trompent, dût-il faire des miracles pour les en empêcher (2). »
Il n'est pas nécessaire d'exposer les conséquences de pareils principes : on les verra se développer d'ellesmêmes dans la vie de Molinos. Il n'y a rien de plus pernicieux dans la Guide.
(1) Guide spirit.y liv. m, chap. xxi.
(2) Guide spirit., liv. il, chap. ix.