CHAPITRE VIII. - PREMIÈRE CAPTIVITÉ
le Père de La Motte, pour lui dire cela. On le fit venir, et M. Tarchevéque lui demanda où il avait pris cela, que pour lui, il n'en avait jamais ouï parler. Le P. La Motte se défendit fort mal. Au sortir de chez M. rarchevêque, 11 était tout furieux; il vint trouver le P. La Combe, pour décharger sa colère, lui disant que Ton se repentirait de Taffront qu'on lui avait fait, et qu'il saurait bien trouver le moyen de faire qu'on s'en repentît (1). »
L'archevêque de Paris était Harlai de Chanvalon, le plus beau prélat (2) et le plus mal famé du royaume. En grande faveur k la cour, au temps des maîtresses, il voyait, depuis la chute de M""® de Montespan, pâlir son étoile. Le roi, enfin devenu sage, n'avait plus le même goût pour un vieil évêque qui ne l'était pas (3). Harlai n'en devint que plus flatteur et plus souple, plus empressé k entrer dans les vues de Louis XIV k l'égard de Rome, et k lui sacrifier, dans l'occasion, les intérêts du clergé de France. C'était, du reste, un esprit distingué, délicat, pénétrant, un homme du grand monde,
(1) Vie de if"» Guyon, 3« partie, chap. n.
(2) V. son portrait gravé par Masson, et un autre portrait gravé par Doflos, dans les Éloges historiques des évêques et archevêques de Paris f in-4, 1608. L'archevêque se trouvait un jour dans un cercle de joUes femmes. Quelqu'un entre et dit galamment :
Formosi pecoris custos ! — Formosior ipse,
continua plus galamment encore une de ces dames.
(3) Les documents abondent sur M. de Harlai. V. les curieux Mémoires de Tabbé Blache, dans les trois premiers vol. de la Revue rétrospective, surtout t. I, p. 105 et suiv.; Legendre, Jfém., 'pp. 48, 200etpas8tm; Phelippeâux, Relation, etc., p^l75 et 176; SuppU" ment aux mémoires de Busti-Rabutin, lettre du 9 février 1680; i?e* cueil de Maurepas^ t. IV, p. 28 et ^; Variétés historiqtteê et littéraires j 1856, t. VI, p. 220 et suiv., etc.
ayant k la fois un air majestueux et des manières caressantes, discutant avec aisance, sans beaucoup de théologie, et parlant agréablement, sans être orateur. Ami de la paix, il réussissait k la faire aimer; sinon, il l'imposait ; car il avait tout ce qu'il faut pour gouverner les hommes : Tautorité, la fermeté, en même temps que la douceur. Avec un défaut de moins, c'eût été presque un grand évêque.
Aucun de ceux qui l'entouraient n'était de taille k lui porter ombrage. C'étaient des hommes médiocres, ayant ce qu'il fallait chacun pour sa charge, bien traités, tout dévoués, et fort heureux aux pieds de Monseigneur. L'abbé Boileau (1) rédigeait les ordonnances; Chéron, l'official, instrumentait en style de sergent. C'était un homme matois, souple et retors, comme il le fallait k l'archevêque. Aussi lui fit-il obtenir une pension de quatre mille livres, k la charge de recueillir et de codifier les résolutions du clergé de France. Chéron mourut après avoir touché soixante mille livres, sans avoir écrit un mot. Courcier, le théologal, n'était guère moins paresseux. Chargé de l'examen des livres, il les gardait quelque temps, puis les approuvait, mais ne les lisait pas : on prétend qu'il n'en lut pas une douzaine en trente ans (2). Le secrétaire de l'archevêque était Legendre,
(1) n y avait alors à Paris trois abbés du nom de Boileau : Boileau de l*Académie française, le prédicateur dont nous avons parlé ; Boileau de TArchevêché, ancien précepteur des jeunes de Luynes, et qu'on appelait aussi pour cette raison : Boileau de Thôtel de Luynes ; enfin Boileau de la Sainte-Chapelle, frère du satirique.
(2) U faut avouer qu'il ne se compromettait guère. Voici l'approbation d'un petit livre du P. Croisset, qui nous est tombé sous la main :
c Approbation, J'ay lu le manuscrit qui porte pour titre : La dévotion du Calvaire, Fait à Paris, le 24 décembre 1686. Courcier, théogal. •