‹ Madame GuyonChapitre 79 sur 156 · CHAPITRE VIII. - PREMIÈRE CAPTIVITÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. - PREMIÈRE CAPTIVITÉ

auteur d'une histoire de France longtemps estimée, et d'intéressants mémoires où nous avons pris ces détails. Quand il s'agissait de paraître en public et de déployer un beau langage, c'est k lui que Ton avait recours. Il eut, en récompense, un canonicat de Notre-Dame.

Parmi les habitués du palais épiscopal étaient encore Copulain, Gabillon, Pirot, le théologien de l'époque, honnête homme, au fond, mais sans caractère, se ployant, s'abaissant k tout ce qu'on voulait (1). Citons encore, pour en finir. Sachet, curé de Saint-Gervais. C'était un bel esprit et le directeur préféré des âmes tendres. Étaitil menacé de l'apparence d'un rhume, toutes ses dévotes se mettaient k lui préparer un bouillon, et il allait en prendre un peu partout, afin de ne point faire de jalouses. C'est k lui que pensait Boileau :

Mais de tous les mortels, grâce aux dévotes âmes,

Nul n*est si bien soigné qu*un directeur de femmes, etc. (2).

Quant a la Sorbonne, elle était bien déchue. Ils étaient Ik près de deux cents docteurs, la plupart incapables, assez d'accord entre eux pour résister au pape, ou pour trembler devant le roi, le parlement et l'archevêque; mais disputant sur tout le reste, et finissant presque toujours par de grossières injures, dites en mauvais latin. « Nous sommes plus k plaindre qu'k blâmer, disait un jour ingénument le syndic, Jacques Le Fèvre ; la

On peut voir la même formule en tête de plusieurs volumes de VHist, eccl., de Fleury.

(1) Il a écrit, sans rien publier. La bibl. d*Orléans possède, eu manuscrity un de ses ouvrages. C'est une dissertation sur le scapulaire, in-4 de 100 pages.

(2) Sat. X.

Facuîlé a toujours été et sera toujours le jouet et Teselavc de ceux qui la dominent, et princi|)alement de Farchevéque de Paris, parce que la plupart de nous ne vivant que de confesse et de prêche, il peut, quand il lui plaira, nous ôter le pain de la main. » « Quelle pitié! s'écrie Tabbé Legendre, qu'une compagnie d'ecclésiastiques qui font serment de soutenir la vérité, jusqu'à l'ef- Aision de leur sang!.. (1).» C'est vrai; mais partout rbéroïsme est rare, et Ton mène aisément les bommes, dès que l'on a de quoi les faire mourir de faim.

Il s'en faut que les Jésuites fussent, comme la Sorbonne, k la discrétion de l'archevêque ; c'est lui qui avait peur d'eux. Sa conduite, qu'il ne voulut pas changer, le mettait dans leur dépendance. Aussi avait-il soin de les consulter, de les mettre dans sa confidence, et de paraître agir de concert avec eux. Les Jésuites se sentant les maîtres, y mirent des égards : ils laissaient faire l'archevêque de Paris (2).

Rome cependant venait de condamner Molinos. Louis XIV était dans toute la joie de son triomphe et du service signalé qu'il venait de rendre k l'Église. Le Père La Motte et Toflicial en profitèrent. On fit entendre au roi que La Combe était ami de Molinos, qu'il avait quitté Verceil pour échapper à l'Inquisition, et qu'il s'était retiré en France, où il enseignait les mêmes doctrines. Le 3 octobre 1687, on enleva le P. La Combe pour le mettre aux Pères de la Doctrine chrétienne, et quelques semaines après, a la Bastille. L'oflicial Chérori et le do-

(1) Mém. de Legendre, pp. 52, leK), 229.

(2) D^ÂGUESSEAU, Mémoires, au l. XIII de ses Œuvres complètes.

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