CHAPITRE VIII. - PREMIÈRE CAPTIVITÉ
<r comme par force, une rétractation où elle met qu'elle « reconnaît qu'elle avait été dans Terreur, qu'elle est « coupable des choses dont on l'accuse, et qu'elle maudit « le jour et l'heure qu'elle a connu ce Père (parlant du « P. La Combe). » Le conseiller fut dans une étrange surprise. Il demanda k voir cela et mes interrogations. M. l'archevêque lui dit que c'était une chose qui ne se verrait jamais, et que c'était l'affaire du roi (1). »
On avait donc fabriqué la lettre que M"\Guyon avait refusé d'écrire. On la diffama encore une fois dans Paris : on disait qu'elle était convaincue de ce qui lui avait été reproché, et qu'à ses fautes anciennes elle en avait ajouté d'autres qui faisaient frémir. Le P. La Motte allait porter aux Jésuites, dont on avait peur, des lettres compromettantes, que sa sœur, disait-il, avait écrites. Il montrait une douleur profonde et ne se laissait point consoler. Les amis de M*"*" Guyon étaient consternés, et si quelqu'un voulait prendre sa défense, on lui disait : « Comment voulez-vous que nous la croyions innocente, puisque le P. de La Motte, son frère, a été obligé, par zèle, et pour le bien de l'Église, de porter témoignage contre elle (2)? » On maltraitait cependant l'archevêque : on disait qu'il n'avait pas coutume d'être aussi dur pour les femmes, et que, s'il ne pouvait souffrir celle-là, c'est qu'elle ne lui parlait que de l'amour de Dieu.
Quelques-uns savaient tout. M'"'' de La Maisonfort, cousine germaine de M"*** Guyon (3), était alors en
(1) Vie de M«« Gtiyon, 3* partie, p. 70.
(2) Vie de 3/«* Gityon, 3« partie, p. 81.
(3) Non sa nièce, comme écrit Michelet, Le prêtre^ la femme et la
lae MADAME GUYON.
grande taveur k Saint-Gyr. L'abbé Jossau, confesseur de W^ de MaintenoB, l'engagea à intercéder pour sa parente. M"*^ de La Maisonfort fit donc entendre que Farchevéque n'avait i:ien trouvé de condamnable en mmo QuyoQ^ et qu'il ne la tourmentait que pour la faire consentir k un mariage de sa fille avec le neveu de l'archevêque (1). M""" de Maintenon redit tout au roi, mais elle le trouva fort prévenu : il avait donné audience au P. La Motte. « On vint me dire qu'il n'y avait plus d'espoir, et tous mes ainis disaient qu'il n'y avait nulle apparence d'espérer autre chose qu'une prison perpétuelle (2). »
La sainte femme courbait la tête. Séparée du monde et de ses enfants, traitée comme une criminelle d'État et une infâme, c'est au ciel qu'elle mettait son espoir : « 0 mon Dieu, vous voyez cela, et vous vous taisez! Vous ne vous tairez pas toujours (5). i» •
L'heure de la délivrance était proche. Persécutée par un des plus scandaleux prélats du clergé de France, jfme Qyyon allait être délivrée par la femme la plus vertueuse de Paris.
Avec M'"'' de Miramion nous entrons dans un autre monde. Mariée (4) à quinze ans et demi, veuve k seize, riche et belle (5), elle fut, dit Saint-Simon, extrêmement recherchée, sans y vouloir entendre.
famille, chap. vu. Elle était fiUe de Le Maistre de La Maisonfort, frère de M°»<^ de La Motte.
(1) Phelippeaux, Relation, p. 31.
(2) Vie de If «• Giiyon. p. 74.
(3) Vie de Af«« Guyon, p. 80.
(4) Son mari était un riche bourgeois d'Orléans. (Mss. de la Bibl. d'Orl., 457 Ufi, t. I, f» 20.) Le château de Miramion existe encore à six kilomètres de la ville.
(5) V. S'»n portrait point par do Trny ot j»rnvé par Edclinck.