CHAPITRE VIII. - PREMIÈRE CAPTIVITÉ
nue, par suite de tout ce qu'elle avait entendu dire. La supérieure et les religieuses la désabusèrent. Elle voulut pénétrer plus avant, entretenir M*"® Guyon, et tout savoir. Puis, étonnée, indignée de ce qui s'était fait, elle résolut d'employer tout son crédit pour faire cesser une si révoltante injustice (1).
Elle alla trouver M"*" de Maintenon et lui conta tout. M"* de Maintenon parla au roi. Le roi avait ainsi, d'un côté, le témoignage de M™« de Miramion ; de l'autre, celui du P. La Motte et de l'archevêque : il n'y avait point k balancer. Il comprit qu'on l'avait trompé une fois encore, et, sans éclat, il envoya k l'archevêque l'ordre de mettre sa prisonnière en liberté. Cet ordre fut signé la veille de saint Louis, 24 août 1688. Il arriva au moment même où les persécuteurs de M"*'' Guyon attendaient un ordre tout différent, qui devait l'envoyer à deux cents lieues de Paris, dans une prison d'État, où elle eût terminé ses jours, sans que l'on entendit parler d'elle.
M. de Harlai comprit que la lumière était faite ; il n'insista pas, et dévorant son dépit en silence, il demanda seulement quelques jours au roi, à cause des formalités qu'il y avait à remplir.
L'oflicial mit ce temps à profit pour faire signer à M™« Guyon des pièces qui devaient le mettre k couvert, ainsi que le P. La Motte et l'archevêque. Elle refusait; rofllcial s'emportait, menaçait ; et M™» Guyon
(1) Gard, de Bausset, Hist. de Féneîon, liv. II, chap. xi. V. aussi Œuvres sjnriiueUea de Fénelon^ avertissement. Cet avertissement est du marquis de Fénelon.
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répliquait, discutait, défendait pied k pied le terrain qu'elle ne voulait pas céder. On modiûait le texte pour la satisfaire; elle y voyait encore des pièges, et déclarait hautement qu'elle aimait mieux rester en prison, que de se prêter k des choses qui pourriaient faire suspecter son innocence.
M°^« de Maintenon, informée de ce qui se passait, jugea qu'il en fallait finir, pour éviter de grands scandales. Elle engagea M>^« Guyon k signer, l'assurant que le roi serait informé delà violence qui lui était faite (1).
C'est la veille de l'Exaltation de la sainte Croix, 13 septembre 1688, que M™« GTuyon fut mise en liberté. Le tuteur de ses enfants et l'abbesse d'un monastère où elle avait fait entrer, pour la sauver, la belle religieuse de Gex, vinrent la prendre aux Visitandines, et la conduisirent k l'archevêque, pour le remercier. L'archevêque, assez embarrassa, pria M^'^^ Guyon d'oublier ce qui s'était passé et de n'en rien dire,
« Ensuite, dit SP»® Guyon, j'allai voir M™« de Miramion, qui avait bien de la joie d'une chose k laquelle elle n'avait pas peu contribué. J'y trouvai par providence M™® de Monchevreuil, qui témoigna beaucoup de joie de me voir délivTée et m'assura que M"»® de Maintenon n'en aurait pas moins, ce que M™« de Maintenon témoigna elle-même en toute rencontre (2). Je lui
(1) M°^« de Maintenon, laissant au prélat la vaine gloire des formalités, fit dire à M°>* Guyon de signer ; qu*el1e avertirait le roi de la violence, et que le plus pressé était de se tirer des mains du prince des prêtres. M"»* Guyon obéit à sa protectrice et fut élargie. (Mémoires pour sentir à Vhistoirede M«"« de Maintenon, 1756, t. IV, p. 14.)
(2) M"« de Maintenon convint qu'eUe n'avait jamais mieux employé son crédit. (Mss. du P. Romain Joly, p. 91, Bibl. nat.)