‹ Madame GuyonChapitre 88 sur 156 · CHAPITRE VIII. -T PREMIÈRE CAPTIVITÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. -T PREMIÈRE CAPTIVITÉ

écrivis, pour le remercier. Quelques jours après ma sortie, j'allai à Saint-Gyr, pour la saluer. Elle me reçut parraitement bien, et d'une manière singulière (1). Elle avait témoigné peu de jours auparavant k ma cousine combien ma lettre lui avait plu et que véritablement Notre-Seigneur lui donnait pour moi des sentiments d'estime particulière. Ce 20 septembre 1688 (2). »

Tel est, en résumé, le récit que M"*' Guyon a fait ellemême de sa captivité et de sa délivrance. Son témoignage est naturellement suspect ; il convient de le discuter. Qu elle ait tout su, comme elle le prétend, il n'y a pas lieu d'en douter. Presque partout, elle est témoin, quand elle n'est pas acteur ; le reste lui est venu par le tuteur de ses enfants, par M'"® de Miramion, par le bruit public ou par les Visitandines. A-t-elleété sincère? Oui. Et d'abord, quant au fond des choses : pour l'arrêter, il faut qu'on la soupçonne ; pour la retenir, après ejsamen, définiment enfermée, il faut qu'on l'ait jugée coupable, et qu'on ait vu en elle un sujet dangereux. Et si, malgré cela, M*"^ de Miramion s'intéresse k elle, intercède pour elle, si M"*' de Maintenon intervient, si le roi ordonne que M'"*' Guyon soit mise en liberté, si l'archevêque baisse la tête, comme un homme qu'on exécute, c'est qu'il a été prouvé à M"**" de Miramion, k M"^ de Maintenon et au roi que toutes les charges n'étaient que des calomnies , et que l'archevêque n'a rien k répliquer.

(1) M»* la princesse d*Harcourt et les duchesses de Chevreuse et de neauvillier furent présentes à Tentrevue. lf">* de La Ifaisonfort remarqua que les deux duchesses firent à M™* Guyon un accueil familier et plein de joie sur sa liberté, comme on fait à une ancienne amie. (PiiELiPPEAUX, Relation^ !'• partie, p. 34.)

(2) Vicffe 3/™' Gvyo)}, 3« partie, p 100.

in MADAME GUYON.

Voilà pour Tenscmble; arrivons aux détails. Est-il vrai que M""*" Guyon ait été enfermée à raison d'une lettre compromettante, que Ton disait être d'elle , et qu'il ait fallu reconnaître que cette lettre était supposée? Comment en douter quand le récit des mémoires se trouve confirmé d'une manière si complète et si éclatante par la lettre récemment découverte aux Archives : « Vous m'avez dit hier que la fausse lettre n'est rien. Je vous assure qu'elle est tout, etc. »

Est-il vrai que M'"*' Guyon eût alors recouvré sa liberté, si elle avait consenti a marier sa fille au neveu de l'archevêque? Ce qui est certain d'abord, c'est que l'affaire fut ainsi présentée k M'"*' de Maintenon, par M"*^ de La Maisonfort; c'est le grand vicaire de Bossuet, l'abbé Phelippeaux, qui le dit : « Elle fit entendre k M""** de Maintenon que M. l'archevêque de Paris n'avait rien trouvé de censurable dans sa doctrine, et qu'on la fatiguait seulement pour la faire consentir à donner sa fille en mariage au marquis de Chanvalon, neveu de l'archevêque (I). » Quel était donc l'état de la cause, au moment où intervint M""^ de Miramion , et que s'agissait-il d'éclaircir? Le voici : est-il vrai que la lettre montrée au roi soit fausse ; que la doctrine de M*"* Guyon ne soit pas censurable ; qu'il n'y ait dès lors aucune raison de la tenir renfermée , et qu'elle serait en liberté, si elle eût consenti au mariage de sa fille avec le neveu de l'archevêque ? Telle était la question. Les Visitandines, Pirot, Chéron pouvaient répondre ; l'événement montre assez de

(1) Relation de Vorighie, (les progrès et de la coiidamnation du quiétismê, 1" partie, p. 33.

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