‹ Madame Guyon, sa vie, sa doctrine et son influence; d'après le écrits originaux et des documents inéditsChapitre 109 sur 152 · CHAPITRE XII. — SECONDE CAPTIVITÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — SECONDE CAPTIVITÉ

l'aire transcrire la pièce par une religieuse et de- la signer. En même temps il lui lut un certificat, qu'il promit de lui délivrer, au moment même où la soumission lui serait remise. Le lendemain, il arriva, et « ouvrant un portefeuille bleu, rpii fermait à clef, il me dit : « Voila « votre certificat ; oii est \'=otre soumission? » Il tenait un papier, en disant cela. Je lui montrai ma soumission, qui était sur mon lit, et que je n'avais pas la force de lui donner ; il la prit. Je ne doutais point qu'il ne m'allàt donner son écrit ; mais point du tout : il renferma le tont dans son portefeuille, et me dit qu'il ne me donnerait rien, que je n'étais pas au bout, qu'il m'allait bien tourmenter davantage, et qu'il voulait bien d'autres signatures, entre autres celle que je ne croyais pas au Verbe incarné. Jugez de ma surprise. Je restai sans force et sans parole. Il s'enfuit. Les religieuses furent épouvantées d'un tour pareil ; car rien ne l'obligeait a me promettre un certificat : je ne lui en avais point demandé. Ce fut alors que je fis des protestations qui sont paraphées d'un ûotaire de Meaux, l'ayant demandé sous prétexte de testament (1). »

M""^ Guyon adressa cet acte cacheté à un de ses amis,

(1) Vie de jlf"^ Guyon, 35 partie, chap. xviii. Cela se passa le vendredi 15 avril. Le même jour, M™' Guyon écrivait au duc de Chevreuse : « M. de Meaux vient de venir, voulant toujours que je déclare ce que vous savez. Il a dit qu'il voulait que je me déclarasse hérétique reconnue. Je lui ai parlé avec la plus extrême douceur; cela n'a servi de rien. » (Lettres inédites, mss. de Saint-Sulpice.")

La protestation se trouve aux manuscrits d e Saint-Sidpice. Elle contien t les faits énoncés ci-dessus et se termine par ces mots : « Je proteste que je n'ai jamais douté, ni hésité sur aucun article de la foi... Et de tout ce que contient cet acte, j'en fais mon testament de mort. Fait à Sainte- Marie de Meaux, ce vendredy 15 avril 1695. »

pour qu'il fût déposé chez un notaire cl pût servir en cas (le besoin (SJ. (l j

A (juelque temps de là, Bossuet apporta à M'"^ Guyon sa lettre pastorale, pour la lui faire signer. « Monseicc gneur, dit-elle, pour vous faire voir ma soumission, je « veux bien écrire au bas de votre lettre pastorale tout ce « (jue j'y puis mettre. » Il me dit qu'il le trouvait assez bien; puis, après l'avoir mis dans sa poche, il me dit: « Il ne s'agit point de cela; vous ne dites point que vous « êtes formellement hérétique, et je veux que vous le dé- « clariez, et aussi que la lettre est très-juste et que vous « reconnaissez avoir été dans toutes les erreurs qu'elle « condamne. » Je lui répondis : « Je crois. Monseigneur, « que c'est pour m'éprouver que vous dites cela ; car je « ne me persuaderai jamais qu'un prélat si plein de piété « et d'honneur voulût se servir de la bonne foi avec lace quelle je suis venue me mettre dans son diocèse, pour me « faire faire des choses que je ne puis faire en conscience. (c J'ai cru trouver en vous un père ; je n'ai que Dieu pour « témoin; je suis préparée 'a tout souffrir (2). »

Ainsi Bossuet torturait l'âme de la pauvre femme pour lui arracher un aveu : c'était la question, transportée au for intérieur et appliquée a la conscience.

« Les bonnes lilles, poursuit M"^'^ Guyon, qui voyaient une partie des violences de M. de Meaux, n'en pouvaient revenir ; et la mère Le Picart me disait que ma trop grande douceur le rendait hardi a me maltraiter, parce

(1) L'abbé Gosselin, dans ses additions à l'Histoire de Fénelou, par le cardinal de Bausset.

(2) Vie (le M"'' GuyoH, 3<' partie, cbap. xi.v

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