‹ Madame Guyon, sa vie, sa doctrine et son influence; d'après le écrits originaux et des documents inéditsChapitre 141 sur 152 · CHAPITRE XVIII. - DERNIERES ANNEES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII. - DERNIERES ANNEES

On voit que M""" Guyon persista jusqu'à la fin dans ses idées mystiques. Ses amis et ses enfants lui prêchaient la prudence : ils ne réussissaient pas toujours. « On me dit quelquefois : « Prenez garde a ce que vous « direz a tels et tels ; » je l'oublie aussitôt, et je ne puis prendre garde. Quelquefois on me dit : « Vous avez dit telle « et telle chose ; ces gens-la le peuvent mal interpréter ; « vous êtes trop simple. » Je le crois, mais je ne puis faire autrement que d'être simple. Et quand il faudrait être reine, en changeant de conduite, je ne le pourrais (1). »

La famille de M""' Guyon s'était accrue et allait s'élever dans le monde. Jacques Bouvier de La Motte, son frère, n'avait pas quitté Montargis. Il avait un fils âgé de dix-sept ans, qui était un jeune homme de grande espérance. C'était Guillaume Bouvier de La Motte-Vergonville. Après avoir servi quelque temps comme capitaine au régiment de la reine, il fut mis, très-jeune encore, à la tête d'un régiment d'infanterie et se distingua à la bataille d'Oudenarde et à Malplaquet, où il fut dangereusement blessé. Rentré dans sa ville natale, il en devint gouverneur, acheta les seigneuries de Cepoy (2), de Girolles et quelques petits domaines, qui furent, en récompense de ses services (3), réunis en un seul fief, érigé en marquisat. C'est l'origine des marquis de Cepoy, dont la postérité n'est pas éteinte.

(1) Vie de iV"^ Guyon, 3« part., chap. xxi.

(2) Il acquit la seigneurie de Cepoy du duc d'Orléans, en échange du fief de Montcochon, situé dans la forêt de Montargis. (Arch. départ, du Loiret, A, 329.)

(3) Les lettres patentes, datées du mois d'avril 1748, se trouvent dans V Armoriai général de France, reg. v.

La fille de M'"' Guyon devait monter plus haut encore. Veuve de Nicolas Fouquet, comte de Vaux, elle épousa en secondes noces, le 14 avril 1719, Maximilien-Henri de Béthune, duc de Sully, pair de France, et porta ainsi un des plus beaux noms du royaume. « Elle prit sans peine, dit Saint-Simon, tout le maintien d'une grande dame, avec assez d'esprit pour ne blesser personne par un si grand changement. Elle avait, en effet, beaucoup d'esprit, beaucoup de monde, de la lecture et de l'ornement, une beauté romaine, de beaux traits, un beau teint et la conversation aimable, avec beaucoup d'amis. Sa réputation fut toujours sans reproche (1). » Elle mourut sans enfants.

Son frère cadet, Jean-Baptiste Guyon de Sardières, servit en qualité de capitaine au régiment du roi, resta célibataire et mourut 'a Paris le 21 février 1752. Les bibliophiles n'ont pas oublié son nom (2). C'est le fils aîné de M""' Guyon, Armand-Jacques, qui perpétua la famille.

Armand-Jacques Guyon, seigneur de Briare et de Champoulet, fut lieutenant aux gardes françaises; mais, grièvement blessé a l'affaire de Valcour(3), il lut obligé de quitter le service. 11 se maria trois ans plus tard, le 2i juin 1692, à Marie de Beauxoncles (i), demoiselle de

(1) Mémoires de Saint-Simon, t. XVI 11, p. 3(')7. M. le baron Achille de Morogues, gendre du marquis de Guercheville, possède un beau portrait de la duchesse de Sully, peint par Largillière.

(2) Il acheta à la vente d'Anet, en 172 i-, une grande partie des beaux livres de Diane de Poitiers. Sa bibliothèque fut acquise en totalité par le duc de La Vullière. [Armoriai ilu bibliophile, 1870-73 )

(3) V. le récit de cette alTaire dans le Journal de Dangeau, à la date du 28 août lt)89. On y trouve cette mention : Guyon, le bras cassé.

(4) Famille du Vendômois alliée aux familles des Essarts, de Beau-

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