‹ Madame Guyon, sa vie, sa doctrine et son influence; d'après le écrits originaux et des documents inéditsChapitre 142 sur 152 · CHAPITRE XVIII. — DERNIÈRES ANNÉES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII. — DERNIÈRES ANNÉES

Coiirboiizon, d'Herbilly et autres lieux, et alla demeurer a Diziers, dans une des terres de sa femme. C'était une agréable résidence, où l'on arrivait par une double avenue d'ormes et de tilleuls. Devant le cbâteau était une cour plantée de marronniers ; derrière, la^chapelle et les jardins ; sur l'un des côtés, un vivier ; de l'autre, un gran<^l bois ; tout autour, des fossés d'eau vive (1). C'est la que M. Guyon reçut sa mère. Elle y trouva une petite fille de huit ans, nommée Constance, et l'année ne se passa pas sans qu'elle en vit naître une autre, qui s'appela Jeanne-Marie, comme elle. La famille prit un grand développement 'a la génération suivante et se partagea en deux branches : les Guyon, marquis de Guercheville, et les Guyon de Monlivault. Ils s'allièrent aux maisons de Baguenault, de Morogues, Laine de Saint-Péravy, de Gargilesse, bien connues dans l'Orléanais.

Mais le membre le plus intéressant de la famille, c'est la cousine germaine de M™« Guyon, M"ie jg j ^ Maisonfort. Chassée, comme nous avons dit, de Saint-Cyr, elle fut autorisée a se retirer dans le diocèse de Bossuet, et se fixa a Meaux chez les Visitandines. Bossuet la traita avec de grands égards et entretint avec elle une longue correspondance, oîi l'on ne sait trop ce qu'il (aut le plus admirer de la vivacité, du naïf abandon, de l'esprit pénétrant de la jeune femme, ou de la condescendance du grand évêque et de sa touchante bonté. C'est là,

villier, de Montmorency, de L'Hôpital. (Manusc. de la Bibl. d'Orléans, M L, 57 bis, t. I, fol. 47.) (1) Arch. départ, du Loiret, A, 140.

dans ces lettres intimes, écrites sans passion, non sans cœur, qu'il faut chercher la vraie pensée de Bossuet sur les délicates questions qui faisaient alors tant de bruit dans le monde.

M""" de La Maisonfort hésitait, au début, à distraire Bossuet de ses travaux, pour l'entretenir d'elle-même. Il lui semblait qu'elle avait besoin d'excuse, et elle cherchait à s'appuyer sur l'autorité des saints docteurs. « Saint François de Sales, écrit-elle, répondait a ceux qui lui reprochaient le temps qu'il employait 'a écrire 'a certaines personnes que, si l'on savait ce que c'est que de mettre la paix dans un cœur, on s'estimerait heureux d'y contribuer. J'espère, Monseigneur, qu'entrant dans les mêmes sentiments, vous ne vous rebuterez point de ce que je vais vous écrire (1). » « Oui, répond Bossuet, j'entre de tout mon cœur dans les sentiments de ce digne évêque. Il faudrait écouler jusqu'à des inutilités, pour disposer ceux qui les disent a recevoir la consolation qu'on leur doit. A plus forte raison faut-il entendre vos propositions, qui sont sérieuses. Je vais donc y répondre article par article. »

Alors commence une longue série de questions, de conlidences, suivies de décisions et de conseils. « J'ai naturellement l'esprit plus réfléchissant qu'une autre, l'imagination vive, en un mot une prodigieuse activité, la conscience timide, même portée au scrupule, et un amour-propre qui veut toujours se complaire dans son ouvrage. » • — Réponse : « C'est k des âmes de cette sorte que l'oraison passive fait de grands biens. » De

0) 31 mars 1696.

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