‹ Madame Guyon, sa vie, sa doctrine et son influence; d'après le écrits originaux et des documents inéditsChapitre 146 sur 152 · CHAPITRE XVIII. — DERNIERES ANNÉES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII. — DERNIERES ANNÉES

comme un homme, après tout, qui iVa rien a cacher (1).

L'attachement que M'"'' de La Maisonfort eut de son côté pour Bossuet apparaî't assez clairement dans cette lettre du grand évêque : « Vous ne devez pas croire, ma fille, qu'il y ait apparence que je ne serai que rarement dans mon diocèse ; c'est la une inquiétude sur des apparences qui n'ont rien de solide, puisque je vous assure, au contraire, que mes sentiments y sont tout a fait opposés. Comptez que, quand Dieu vous ôtera un père, il vous en donnera un autre (2). »

Il y a comme un triste pressentiment dans ces paroles : quelques mois plus tard, Bossuet n'était plus.

C'est ainsi (pi'il était simple et bon, quand rien ne venait altérer la candeur et la sérénité de son âme. Le soin, amené par la suite du récit, de montrer la douceur et les vertus aimables de ce grand évêque, a été comme une consolation du regret que nous avions au cœur d'avoir si longuement raconté ses torts. Il l'a fallu pourtant. Car il y a quelque chose de plus grand encore et de plus sacré que la mémoire des grands hommes : c'est la vérité, qu'il faut dire, et la loi morale, qui ne doit point fléchir. Le mal ne change pas de nature, pour avoir passé par l'esprit d'un évêque, ou par les mains d'un homme de génie. D'où qu'il vienne, et quand il vient de haut plus encore, il faut le reconnaître et le condamner.

(1) Lettre du 20 octobre 1700.

(2) 17 mai 1703.

Tels sont les grands hommes : il leur reste des faiblesses, par quoi ils nous ressemblent, a côté des forces et des vertus (jui ne sont (ju'a eux, et qui font leur grandeur. La gloire ne couvre pas leurs fautes; mais aussi ce serait une im])ardonnable injustice que de s'attacher trop aux défaillances, et de fermer les yeux sur leurs services et leur génie : au moment même où il faut reconnaître qu'ils ont encore les pieds sur la terre, n'oublions pas qu'ils ont la tête au ciel. Innocent XII a dit de Bossuet que c'était le plus grand évoque de l'Église. C'était vrai ; mais ce fut trop peu dire : le Pape n'avait en vue que l'Eglise de son temps. L'aigle de Meaux plane sur un autre espace. C'est jusqu'à saint Augustin qu'il faut aller, en remontant les âges, pour trouver un évoque qui lui soit comparable par le génie ; et, a juger par le passé de la fécondité de l'avenir, on est 'a se demander combien de siècles encore il faudra a l'Église de France pour produire un second Bossuet.

Bossuet mourut le 12 avril 1704. Au mois de septembre suivant, l'abbé Le Dieu lit un voyage en Flandre, où était sa famille. Le secrétaire de Bossuet eut le désir de revoir Fénelon, (ju'il avait tant connu, autrefois, a Meaux et a Germigny ; et, pour se ménager un bon accueil, il lui porta des lettres de M""" de La Maisonfort, qui ne lui avait point écrit depuis sa sortie de Saint-Cyr. C'est a elle et à son cher souvenir (jue Le Dieu se plaît a attribuer les éganls délicats et les honneurs dont il fut ce comblé, jusqu'à en avoir de la confusion, par Mg<" l'arche vé(jue de Cam-

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