‹ Madame Guyon, sa vie, sa doctrine et son influence; d'après le écrits originaux et des documents inéditsChapitre 147 sur 152 · CHAPITRE XVIII. — DERNIERES ANNEES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII. — DERNIERES ANNEES

brai (1). » Il emporta avec lui les réponses de Fénelon a M'"*" de La Maisonfort.

Elle était toujours malheureuse ; car il n'y a pas assez de différence d'un couvent à l'autre, pour que l'on se plaise aux Ursulines, après avoir passé à Sainte-Marie de si mauvais jours. L'année suivante, au mois d'août, M. de La Motte, frère de M*"" Guyon, vint a Meaux voir sa cousine. Il était accompagné de son neveu, Guyon de Sardières, « qui se porte avec ardeur 'a l'étude, dit Le Dieu, et parait avoir vingt-quatre à vingt-cinq ans, bien fait, grand et beau garçon (1). »

Le désir de M. de La Motte était d'emmener à Montargis, au milieu de sa famille. M'"" de La Maisonfort. Mais il sentit qu'il ne le pouvait pas même demander, et quitta Meaux sans espérer du nouvel évêque, M. de Bissy, un grand soulagement pour sa cousine. Au mois de mai 1707, M"'" de La Maisonfort était encore aux Ursulines. Vers cette époque, on la transféra aux Bernardines d'Argenteuil, d'où elle sortit quelque temps après. Ici, on perd sa trace, et on n'entend plus parler d'elle. C'est ainsi que disparaît de l'histoire, perdue dans les ténèbres et les pleurs, cette touchante figure qui eût fait, par ses grâces, son esprit et ses vertus, l'ornement et l'édification du monde.

Les autres amis de M'"" Guyon, séparés, surveillés, restaient imis entre eux et avec elle, sans se rien dire, sans se voir, saisissant, comme M*"* de La Maisonfort,

(1) Lettre de Le Dieu à M°>« de La Maisonfort, 30 octobre 1704.

(2) Né en 1674, il avait trente-un ans en 1705. Son portrait, peint par Largillière, est à Orléans, chez M. le baron A. de Morogues.

roccasiou de (juclque ami discret et sûr, pour s'envoyer un souvenir. Ils s'aimèrent tous jusqu'à la mort.

Le duc de Clievrcuse quitta le premier la terre, le 5 novembre 1712. Bcauvillier ne lui survécut pas deux ans. Son corps fut transporté a Montargis et inhumé dans Téglise des Bénédictines, au milieu de ses enfants. C'est la que ses filles avaient été élevées, et sept d'entre elles s'y étaient faites religieuses. Aussi la duchesse vintelle souvent demeurer aux Bénédictines de Montargis, pendant son veuvage; et, a sa mort, elle choisit pour dernier séjour ce coin de terre, où était tout son cœur.

Fénelon menait depuis quinze ans dans son diocèse une vie austère, laborieuse et sainte, avec quelques amis attachés a sa disgrâce comme d'autres le sont a la faveur. Les Pays-Bas retentissaient de ses louanges; tout Cambrai était a ses pieds ; les étrangers le vénéraient comme le |)lus grand homme de son temps ; l'ennemi même, nianquant de vivres, lui renvoyait, ce qui ne s'était jamais vu, en les faisant escorter jusque sur la place d'armes de Cambrai, les approvisionnements qu'il avait amassés pour nourrir à ses frais les armées de la France. Il n'avait d'ennemis qu'à la cour. Les uns lui avaient fait trop de mal pour lui pardonner; d'autres cherchaient à lui en faire encore, croyant plaire ; le reste se taisait, dans l'aUenle de ce qui pouvait survenir. Puis, (|uand le grand Dauphin fut mort, ils coururent (I) poste à Cambrai, mettre leurs hommages, leurs bassesses et leurs espérances aux pieds de celui cpi'ils sentaienl appelé à devenir bientôt, sous le duc de Bourgogne, le |)remier personnage du royaume.

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