CHAPITRE XVIII. — DERNIÈRES ANNÉES
pour la voir; la Hollande imprimait ses écrits (1) ; mais elle veillait a ce qu'il ne se fit aucun bruit autour d'elle.
Enfin, au mois de mars 1717, elle fut atteinte d'une maladie douloureuse, qui devait mettre fin à ses jours. Ceux qui purent alors approcher d'elle la trouvaient, au milieu de ses maux, telle qu'ils l'avaient toujours connue, résignée et douce comme un ange (2).
Le 9 juin, au matin, il n'y eut plus d'espoir ; à six heures du soir la malade perdit connaissance, et 'a onze heures et demie, elle expira. Elle était âgée de soixanteneuf ans et deux mois. On ne trouva, dans son corps, que deux parties saines : le cerveau et le cœur.
M'"' Guyon laissait un testament (5), où elle a consigné, devant Dieu, une dernière protestation de sa foi et de son iimocence.
« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ; ii l'honneur du Verbe Incarné, sous l'intercession de la Sainte-Vierge et de saint Michel.
« Ceci est mon testament
» Je proteste que je meurs fille de l'Eglise catholique, apostolique et romaine, que je n'ai jamais voulu m'écarter un moment de ses sentiments, que depuis que j'ai eu l'usage parfait de la raison, je n'ai pas été un moment sans être prête, au moins de volonté, de ré-
(1) Le premier éditeur des œuvres de M°»<' Guyon fut le ministre protestant Poiret. La publication, de 1704 à 1722, atteignit quarante volumes.
(2) Lettre écrite de Blois, 16 juin 1717.
(3) Reproduit par Ramsay, Histoire de la vie de Fénelon. .\msterdam, 1727, p. 78.
pandre pour Elle jusqu'à la dernière goutte de mon sang, comme je l'ai toujours protesté en toute occasion et en toute rencontre, comme je l'ai toujours signé et déclaré, tout autant de fois que je l'ai pu, ayant toujours et en tout temps soumis les livres que j'ai faits a la sainte Eglise, ma mère,, pour laquelle j'ai toujours eu et aurai toujours, avec la grâce de Dieu, un attachement inviolable et une obéissance aveugle, n'ayant point d'autre sentiment et n'en voulant jamais admettre aucun autre que les siens, condamnant sans nulle restriction tout ce qu'elle condamne, ainsi que je l'ai toujours fait.
« Je dois à la vérité et pour ma justification protester, avec serment, qu'on a rendu de faux témoignages contre moi, ajoutant a mes écrits, me faisant dire ce à quoi je n'avais jamais pensé, et dont j'étais infiniment éloignée ; qu'on a contrefait mon écriture diverses fois ; qu'on a joint la calomnie 'a la lausseté, me faisant des interrogatoires captieux, ne voulant point écrire ce qui me justifiait, et ajoutant a mes réponses, mettant ce que je ne disais pas et supprimant les faits véritables. Je ne dis rien des autres choses; je pardonne tout et de tout mon cœur a ceux qui m'ont fait de la peine, ne voulant pas même en conserver le souvenir. »
M""* Guyon fut, selon son désir, ensevelie h Blois, dans le cloître des Récollets. Voici lépitaphc qu'on lisait sur sa tombe (1) :
(1) Cette épitaphe, gravée sur une plaque de cuivre, a été recueillie, avec le crâne de M™' Guyon, lors de la destruction de l'église des Récollets. Le crâne et l'épitaphe sont aujourd'hui dans la collection de M. l'abbé Desnoyers, vicaire général d'Orléans et directeur du Musée archéologique.