‹ Madame Guyon, sa vie, sa doctrine et son influence; d'après le écrits originaux et des documents inéditsChapitre 3 sur 152 · CHAPITRE 1er. — LA JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1er. — LA JEUNE FILLE

passer les journées a l'église, sans songer a son ménage ni à ses enfants.

Cette famille dévote, riche et généreuse ne pouvait manquer de se trouver en rapport avec les couvents du pays. Les circonstances, du reste, y contribuèrent. Les tîls de M. de La Motte avaient été élevés par les Ijarnabites du collège ; un d'eux même entra dans leur institut. Les Ursulines avaient les deux tilles ; la prieure des Dominicaines se trouvait être une amie de la maison ; et la supérieure des Visitandines, une parente. Quant aux religieux en passage, ils étaient tous accueillis avec une bienveillance empressée, qu'ils fussent Capucins, Cordeliers ou Barnabites.

Voilà de quel sang allait naître et dans quel milieu était appelée à vivre celle qui fut depuis, sous le nom de M'"° Guyon, la grande mystique du XVIP siècle en France.

Jeanne-Marie Bouvier de La Motte (l) naquit le 45 avril 1648, un mois avant le terme ordinaire, a la suite d'une frayeur que sa mère avait éprouvée. Pendant longtemps on la crut morte ; et ce n'est guère qu'au bout de cinq semaines que l'on put avoir (jnelque espi-rance de la conserver. Son enfance ne fut qu'une suite d'infirmités et de douleurs, et toute sa vie se ressentit de la frêle organisation qu'elle avait apportée en venant au monde.

(t) Non Bouvicre, ni Bouvières de La Mot lie, comme on l'écrit souvent, surtout à l'étranger. Nous avons trouvé aux archives du Loiret des signatures nombreuses et toutes conformes de plusieurs membres de la famille.

Il fallait a celte délicate enfant de Tair, de la lumière, du mouvement, tous les soins et tous les sourires de la famille ; à deux ans et demi on la mit au couvent. Sa mère, toute h ses dévotions, n'avait pas le temps de s'occuper d'elle ; d'ailleurs, c'était une iille, et M"" de La Motte ne les aimait pas. Jeanne fut donc mise aux Ursulines, où étaient ses deux sœurs ; mais sa santé resta si mauvaise qu'il ne fut pas possible de l'y laisser : elle rentra presque aussitôt dans sa famille. Sa mère l'abandonna aux domestiques ; les domestiques, a elle-même; elle vécu Jet se développa comme elle put, jouant dans la cour, tombant sur le pavé et roulant dans la cave : il n'y avait que Dieu pour veiller sur ses jours.

Jeanne avait ainsi atteint quatre ans, quand la duchesse de Montbazon vint a Montargis, passer quelque temps chez les Bénédictines. Elle connaissait M. de La Motte et avait beaucoup d'amitié pour lui. Voyant Jeanne, elle la trouva vive et gentille, et pria son père de la lui laisser, pour la divertir au couvent. Jeanne entra ainsi aux Bénédictines; et après le départ de la duchesse, elle y resta.

Un livre curieux et rare (1) nous donne sur le couvent d'intéressants détails ; il ne dit rien malheureusement de la façon dont on y élevait la jeunesse. Là, comme ailleurs, sans doute, on apprenait aux enfants a prier, à réciter le catéchisme et l'évangile, a lire le latin des psaumes, la Civililé des honnêtes gens, les histoires

(1) Le Cérémonial avec le rituel pour les relùjinises Bénédictines de Nfltre-Dame-des-Anges, à Montargis. L'an du jubilé 1650.

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