‹ Madame Guyon, sa vie, sa doctrine et son influence; d'après le écrits originaux et des documents inéditsChapitre 4 sur 152 · CHAPITRE Ie>. - LA JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ie>. - LA JEUNE FILLE

de la Bible et quelques vieux parchemins. Les bonnes sœurs ne manquaient point non plus de raconter aux petites filles quelques traits de la vie des saints ; et les plus extraordinaires étaient préférés, parce qu'ils intéressaient davantage et frappaient plus fort. Jeanne de La Motte écoutait avec avidité, et recevait dans l'âme une impression profonde ; le jour, elle pensait a ces choses ; la nuit, elle y rêvait : a cinq ans elle avait déjà des visions, comme sainte Thérèse.

Elle s'était imaginé qu'on ne lui parlait de l'enfer que pour lui faire peur, « parce que j'étais, dit-elle, fort éveillée, et que j'avais de petites malices, auxquelles on donnait le nom d'esprit (1). » Mais, une nuit, elle vit une image de l'enfer si affreuse qu'elle ne l'oublia jamais : « Ma place m'y fut montrée, ce qui me fit pleurer amèrement et dire : « 0 mon Dieu, si vous « vouliez bien me faire miséricorde et me donner quel- « ques jours de vie, je ne vous offenserais pins (2). »

Jeanne, le lendemain, voulut aller h confesse. Sa maîtresse la porta dans ses bras et resta avec elle. « Elle fut fort étonnée d'entendre que je m'accusais d'avoir eu des pensées contre la foi ; et le confesseur se prenant à rire, me demanda ce que c'était. Je lui répondis que j'avais douté, jusqu'à présent, de l'enfer ; que je m'étais imaginé que ma maîtresse ne m'en parlait que pour me rendre bonne, mais qu'à présent je n'en doutais plus. »

La petite fille, à partir de ce moment, fut pieuse et

(1) La Vie de M<^o J.-M.-B. de la Molhe-Guion (sic), écrite par ellemême. Cologne, 1720, 1« partie, chap. ii.

(2) Ibid.

fervente, coiiime on ne Test guère à son âge. Elle avait une peur elïVoyable de Tenfer, et elle aspirait au martyre, pour aller plus vite au ciel. Ses maîtresses, un jour, eurent envie de se divertir; elles dirent à Jeanne de se préparer, étendirent un drap par terre, et l'y mirent à genoux. Déjà on levait derrière elle un grand couteau : « Non, cria-t-elle en se levant, il ne m'est pas permis de mourir sans la permission de mon père. » On rit, on se moqua d'elle, on dit qu'elle avait eu peur de la mort; « et, dit-elle, c'était vrai. » Mais, le danger passé, il lui resta un regret amer de la belle occasion qu'elle avait laissé perdre : « Quelque chose me reprochait qu'il n'avait tenu qu'à moi d'aller au ciel, et que je ne l'avais pas voulu. »

Jeanne était chérie de ses maîtresses, mais toujours malade au couvent. Bientôt elle y fut malheureuse, par la jalousie de ses compagnes ; et son père, (]ui l'aimait beaucoup, la retira. Elle retrouva dans sa famille ce qu'elle y avait laissé : l'indifférence de sa mère et le plus complet abandon. Un jour qu'elle jouait dans la rue, en toute liberté, avec les enfants de son âge, M. de la Motte vint a passer; il se fâcha cette fois, prit sa fille ]»ar la main et, sans rien dire a personne, il la mena droit aux Ursulines. Elle avait a peu près sept ans.

Jeanne, nous lavons dit, avait deux s(ïMns aux Ursulines : l'une, fille de son père, et l'autre, de sa mère. C'est a sa fille aînée que M. de La Motte la confia.

C'était une femme distinguée, aimante et sage. Aussi fut-ce un beau jour pour elle que celui où sa jeune

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