G2 MADAME GUYON
scnce fait plus de mal a mon diocèse, que je ne pourrai lui faire de bien, dans le temps qui me reste à vivre (1). »
« Sitôt, dit M"'" Guyon, que je crus que c'était votre volonté, ô mon Dieu, je ne voyais rien sur la terre qui fût capable de m'arréter. Mes sens ne laissèrent pas d'être abandonnés à la peine que peut causer une telle détermination, dans une personne qui est mère et qui aime ses enfants ; et sitôt que je faisais réflexion, le doute entrait dans mon esprit. » Mais la foi, l'ignorance et la piété étoufl*aient aussitôt les doutes. « Je résolus d'aller comme une folle, sans pouvoir dire ni motif, ni raison de mon entreprise. On m'assurait que vous le vouliez, ô mon Dieu, et c'était assez pour entreprendre les cboses les plus impossibles. »
Pauvre femme ! et que ne lui fut-il donné d'entendre la voix de Bossuet : « Il faut s'attacher aux choses que Dieu demande de nous par sa volonté déclarée, c'est-àdire par sa loi... Pour celles que nous croyons que Dieu nous demande par des instincts particuliers, elles sont sujettes à grand examen, et je vous donne pour règle certaine que, pour peu qu'elles nous excitent de trouble, il n'y a, sans hésiter, qu'à les laisser là (2). »
Voilà le langage de la religion, et en même temps de la raison et du bon sens, qui ne gâtent rien, même à la piété.
M"'" Guyon init secrètement ordre à ses affaires, attendant le moment de Dieu. Tout cependant semblait
(1) La Vie de Messire Jean d'Aranthon, évêque et prince de Genève. l.yon, Kj'JH. — L'auteur de ce livre est Dom Innocent Masson, général des Cliartrcux.
(2) Lettre de Bossuet à M"" de La Maisonfort, 6 mars 1697.