ISAÏE, XLI
M""^ Giiyon quitta sa famille. Elle emmena avec elle sa fille (1), alors âgée de cinq ans, et deux domestiques pour la servir. Arrivée a Paris, elle alla loger aux Nouvelles-Catholiques. A peine y était-elle entrée (jue le notaire accourut. Il apportait un contrat tout prêt : il n'y avait plus qu'à signer. M*"* Guyon ne voulut pas même en entendre la lecture. Le notaire restait la, étonné. Il le fut bien plus encore quand la supérieure, la sœur Garnier, vint dire elle-même qu'il ne fallait point de contrat. C'est elle, en effet, qui dans un voyage qu'elle fit à Montargis, quelques jours auparavant, avait donné 'a M"*" Guyon le conseil d'être prudente et de ne se point engager.
M'"Miuyon donna aux Nouvelles-Catholiques neuf mille livres qu'elle avait apportées, et ne se réserva pas un sou ; si bien que, voulant un jour faire l'aumône, et n'ayant rien, elle fut réduite 'a détacher les boutons de ses manches, et 'a se défaire de la petite bague qu'elle portait comme signe de son alliance avec l'Enfant Jésus. « Si j'avais eu des royaumes, dit-elle, et des empires, il me semble que je les aurais quittés avec encore plus de joie, pour marquer davantage mon amour. »
M*"" Guyon partit de Paris avec quehjues filles de la congrégation, qui allaient fonder l'établissement de Gex. Pour échapper aux recherches de sa famille, c'est par eau (ju'clle alla de Paris 'a Melun. A Melun, elle prit la diligence. Le voyage, entrepris au milieu des chaleurs de l'été, fut très-fatigant. M""" Guyon cependant était gaie, faisait oraison et chantait des cantiques « de joie
(1) Marie-Jeanne Guyon, depuis conatesse de Vaux, ensuite duchesse de Béthuue.