CHAPITRE IV. - LA VOCATION
(jui avait disposé de ses biens, sans consulter seulement son évêque? Il fut cependant convenu que Ton y mettrait une grande douceur, et que Ton offrirait a M""' Guyon Talternative assez flatteuse d'être supérieure ou de sortir. Puis, pour taire entrer dans ce dessein la supérieure des Nouvelles-Catholiques, on lui représenta qu'il y allait de l'avenir du couvent ; que M'"*" Guyon disposait encore d'une pension viagère, bonne à prendre, mais surtout que sa présence a la tête de la communauté ne pouvait manquer de donner a rétablissement un grand prestige, et d'attirer les aumônes de Paris.
M'"" Guyon n'était plus dans l'âge, ni surtout 'a ce dei^ré de conliance ingénue où l'on se laisse aller a de séduisants mirages. Elle répondit sans embarras que sa vocation n'était point déclarée ; qu'elle ne pouvait d'ailleurs être supérieure avant d'avoir été novice ; (jue les plus simples sœurs avaient l'ait deux ans de noviciat ; qu'elle demandait a faire de même; et qu'après cela, on verrait.
Le Petil-Evêque était j)ris. Il revint au système des persécutions et ne garda |)lus de mesure. Il intercejjtait les lettres adressées à M'"' Guyon et celles qu'elle écrivait elle-même, de manière 'a tirer parti de cette correspondance, pour disposer les esprits comme il l'entendait, sans que M"" Guyon pût se détendre, ni rien soupçonner. En même temps, M. d'Aranthon agissait auprès du P. La Combe. « Mon Père, lui dit-il, il faut absolument engager cette dame a donner ce qu'elle a ;» la communauté de Gex, et la faire supérieure. — Monseigneur, répondit La Combe, vous savez ce qu'elle vous a dit elle-même de sa vocation. — Mon Père, je sais
cela; mais je sais, en même temps, qu'elle est si obéissante que si vous lui ordonnez de le faire, elle le fera assurément. — C'est pour cette raison, Monseigneur, (|u'clle est fort obéissante, qu'il faut se ju'écautionner dans les commandements qu'on lui fait. — Mon Père, toutes ces raisons ne sont bonnes à rien ; si vous ne faites pas faire cela a cette dame, je vous interdirai. — Monseigneur, je suis prêt a soulfrir non seulement Tinterdit, mais la mort, plutôt que de rien laire contre mon honneur ni contre ma conscience. » Et il se retira (1).
Le séjour de Ge.v n'était plus supi)ortable ; M"" Guyon prit le parti de se retirer auprès de sa lille, chez les Ursulines de Thonon. Le lendemain de son arrivée, le P. La Combe en partit, pour aller prêcher le carême dans la vallée d'Aoste. Il devait, de la, se rendre a Rome.
M'"*" Guyon n'eut pas plus tôt (piitté les Nouvelles- Catholi(pu^s (jue, soit dépit, soit vengeance, soit crainte qu'elle ne parlât trop, le Petit-Evêcpie et les sœurs mirent tout en œuvre pour la compromettre et la perdre. Ou décria le P. La Combe dans les lieux qu'il avait évangélisés, et on le peignit de si sombres couleurs (pi'une j)auvre femme n'osait plus réciter son Pater, parce (pie c'est de lui (pi'elle avait appris ii le dire. En même temps, les religieuses de Gex écrivaient contre M""' Guyon, à Paris et de tous côtés. On disait qu'elle courait le pays avec le P. La Combe ; on l'avait rencontrée en croupe derrière lui ; on les avait vus, une
(1) Vie de M""* Gui/ox, 2» part., chap. vi.