‹ Madame Guyon, sa vie, sa doctrine et son influence; d'après le écrits originaux et des documents inéditsChapitre 40 sur 152 · CHAPITRE IV. - LA VOCATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. - LA VOCATION

autre fois, en carrosse à Genève ; le carrosse avait versé ; là-dessus, on Taisait une foule de contes ridicules et faux. C'est à cent cinquante lieues de M""' Guyon que se trouvait alors le P. La Combe. Mais rien n'était contredit ; car les correspondances étant toujours interceptées, M""" Guyon ne se pouvait défendre. Elle restait calme au milieu de ces épreuves, « Toute cette tempête, dit-elle, ne faisait pas la moindre altération a mon esprit ; je me laissais conduire par la Providence journalière de moment en moment, sans penser au lendemain... Mon âme était alors, ce me semble, comme une feuille ou comme une plume que le vent fait aller comme il lui plaît (1). » Elle se compare encore a une personne qui dort sans craindre le danger, et se laisse entraîner au courant d'une rivière rapide. C'est dans cette inaltérable quiétude (|u'elle met la perfection et le bonheur.

M. d'Arenthon vint a Thonon après les fêtes de Pâ- (]ues. Il pressa M""" Guyon de retourner a Gex, de s'engager, et de se mettre à la tête du couvent. « Je lui dis que nul n'était supérieur sans avoir été novice, (pie du reste il connaissait ma vocation ; que cependant je lui parlais comme a un évêque, qui tenait la place de Dieu ; (pi'il prît garde de ne regarder que Dieu dans ce (pi'il me disait; que s'il me disait de m'cngager, tenant la place qu'il tenait, je le ferais. Il demeura tout interdit et me dit : « Puisque vous me parlez de cette « sorte, je ne puis point vous le conseiller; mais faites du « bien, je vous prie, à celte maison. » Je lui promis de le faire, et ayant reçu ma pension, je leur envoyai cent

(1) Vie de M"" Guyon, 2« part., chap. vu.

pistoles, avec dessein de conlinuer la même cliose, tant (jiie je serais dans le diocèse. » M""" Guyon prit la liberté de dire à révoque que tout irait mieux s'il pouvait, en toutes choses, voir par lui-même, au lieu de s'en rapporter aux autres. Il en convint et se retira fort content. « Cependant, a peine s'en lut-il retourné qu'il m'envoya dire par un ecclésiastique que je m'engageasse, et que c'était son sentiment. Je priai cet ecclésiastique de lui dire (jue je me tenais au conseil qu'il m'avait donné ; ([u'il m'avait parlé en Dieu, et qu'on le faisait, à présent, parler en homme (1). »

M"" Guyon resta plus de deux ans chez les Ursulines de Thonon. C'est la qu'elle écrivit son livre des Torrents, au commencement de 1683 (2). A l'automne de la même année, elle hit atteinte d'une douloureuse mala die, qui dura jusqu'au mois de mai de l'année suivante. On crut un moment qu'elle allait mourir, et elle en avait une joie extrême. Le P. La Combe était revenu de Rome. A genoux près (hi lit, il observait les progrès du mal : il voyait le visage pâlir, les yeux s'éteindre. Il demanda a la malade où était la mort ; elle mit la maiii sur son cœur. Alors La Combe, d'une voix forte, défendit au mal de passer outre. Le mal se retira, et M*"*" Guyon fui sauvée (3).

(1) Vie de j\/°«^ Guyon, 2« part., chap. vu.

(2) » Quand elle l'écrivit, elle se trouvait à Annecy, aux Nouvelles- Converties. » (MiciiELET, Le Prêtre, la Femme el la h'amille,chAp. vu.) Les Nouvelles-Converties étaient à Gex. M»» Guyon ne résida jamais à Annecy. Enfin, elle dit elle-même que c'est à Thonon qu'elle écrivit les Torrents.

(3) Vie de M™» Gu'jon, 2« part., chap. xiv.

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