‹ Madame Guyon, sa vie, sa doctrine et son influence; d'après le écrits originaux et des documents inéditsChapitre 5 sur 152 · CHAPITRE 1er. LA JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1er. LA JEUNE FILLE

sœur lui lut donnée, pour charmer le désœuvrement de son cœur, et répandre quelque douceur sur ses devoirs et sur ses peines. Elle aima cette enfant comme si c'eût été sa lîlle ; tout son bonheur était de l'avoir auprès d'elle, de l'instruire et de la former. Jeanne n'eut point de peine à répondre à tant d'amour, car elle était, de son côté, \\\e, pieuse, intelligente et bonne. Quelle que fût la différence des âges et peut-être des visages, les deux âmes se ressemblaient comme deux sœurs. (c Oh ! mon Dieu, s'écriait plus tard M"'*" Guyon, je crois que si j'avais toujours été en de si sages mains, j'aurais eu autant de vertus que j'ai contracté, dans la suite, de mauvaises habitudes. »

Quand* le cœur est aux leçons, les progrès sont rapides. Jeanne apprit vite ce que l'on pouvait savoir à son âge, « et même, dit-elle, il y avait quantité de personnes âgées et de condition qui n'auraient pu répondre aux choses 'a quoi je répondais. »

M. de La Motte envoyait souvent quérir sa lîllo i»our la voir et s'entretenir avec elle : il était fier de lui trouver tant d'esprit. Jeanne, un jour, amenée dans sa famille, y trouva la reine d'Angleterre, qui venait d'arriver. M. de La Motte trouva moyen de dire au confesseur de la reine tout ce qu'il avait trouvé de dons précieux dans cette petite fille, qui n'avait pas encore huit ans, et il le pria de l'interroger. Le confesseur y prit plaisir, et en vint 'a des questions difficiles. Charmé de l"a-propos et de la vivacité des réponses, il prit Jeanne dans ses bras, la porta li la reine et lui dit : << Il laut (jue \'otre Majesté ait le divertissement de cette enfant. » La reine TinliMTo-

gea donc ; et charmée, à son tour, de ses réponses et de ses manières, elle pria le père de la lui laisser, promettant d'avoir grand soin d'elle et d'en faire, plus tard, une demoiselle d'honneur.

M. de La Motte ne se laissa point éblouir ; voulant aussi, mais dans un autre sens, faire de sa petite Jeanne une fdle d'honneur, il jugea que l'éducation du couvent valait mieux que celle de la cour. Il remercia donc humblement la reine, et comme elle insistait, il résista au point de la fâcher. Henriette de France reprit son chemin, emportant avec elle sa grandeur et ses royales infortunes. Jeanne fut ramenée aux Ursulines, auprès de sa sœur chérie, qui ne tarda guère a lui faire oublier les vanités du monde et la faveur des rois. « Je m'élevais, dit M"" Guyon, doucement auprès d'elle et profitais beaucoup dans le temps que j'avais de la santé. »

La pieuse enfant avait déjà le goût du sacrifice, et s'imposait de petites privations, proportionnées à son âge, qui n'étaient connues que d'elle et de Dieu. Naïfs enfantillages, qu'il ne nous déplaît pas de raconter; car rien n'est indifférent dans l'histoire d'une âme, et on comprendra mieux la femme, si l'on a mieux connu l'enfant.

« 11 y avait, dit-elle, au bout du jardin, une chapelle dédiée 'a l'enfant Jésus ; j'y pris dévotion, et pendant (juelque temps j'y portais, tous les matins, mon déjeuner, et je cachais tout derrière son image; j'étais cependant friande. » Ne dirait-on pas (prelle cherche à se faire valoir? Non, car aussitôt après elle ajoute : « Je voulais bien me mortilier ; mais je ne voulais i)as être

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