‹ Madame Guyon, sa vie, sa doctrine et son influence; d'après le écrits originaux et des documents inéditsChapitre 71 sur 152 · CHAPITRE VII. - LE QUIÉTISME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. - LE QUIÉTISME

On écrivit beaucoup de part et d'autre. Le P. Segneri, Jésuite, le plus célèbre prédicateur de l'Italie, 'a cette époque, se signala parmi les adversaires de Molinos. On fît tant de bruit que l'Inquisition s'en émut, et se décida a procéder a un nouvel examen du livre. Molinos et Pctrucci se défendirent; ils y mirent tant d'habileté et de vigueur que les Jésuites succombèrent. Leurs livres furent censurés, comme diffamatoires et dangereux. Segneri faillit être mis a mort, et Petrucci fut fait évêque (I).

Ce jugement de l'Inquisition, la faveur déclarée du Pape, ne permettaient plus d'attaquer directement le livre de Molinos ; il fallut prendre un détour. On lit donc remarquer que Molinos était Espagnol, que les gens de ce pays ont l'esprit ardent et les passions vives, et qu'il n'y avait pas si longtemps que les Illuminés d'Espagne avaient mis la religion en péril. En même temps circulaient des bruits autrement inquiétants et perfides. Les quiétistes, a l'exemple des philosophes de la Grèce, avaient, disait-on, deux doctrines : l'une publi(pie et innocente : c'était celle de la Guide; l'autre secrète et pernicieuse : il fallait la découvrir.

Les partisans de Molinos répondaient ((ue les doctrines secrètes sont mal venues dans un pays où l'Inquisition règne ; qu'un secret n'est guère en sûreté quand vingt mille hommes sont dans la confidence, et qu'il n'y a "jamais longtemps a attendre le moment où le dépit, l'envie, la haine, l'intérêt ou la vanité font parler.

(1) D'AvRiGNY, Mémoires chronologiques et Jnsloriques, t. II, à l'année 1G87. Les PP. Mabillon et Germain : Miisœum seu iter italicum, 1. 1, p. 72.

Et, si Ton aime mieux voir par ses beaux côtés la nature humaine, comment se fait-il que de tous ceux (jui ont embrassé la doctrine de Molinos, de tant d'âmes honnêtes et pieuses, de religieuses, de moines, d'iiommes du monde, d'évêques et de cardinaux, aucun ne se soit trouvé pour protester, et dévoiler l'affreux mystère? N'ont-ils donc tous ni foi, ni conscience, ni pudeur?

Puis les contemplatifs attaquaient a leur tour. Quelle apparence, disaient-ils, que les amis de Molinos soient des hypocrites, eux que l'on ne poursuit que parce qu'ils tiennent a se séparer de ceux qui le sont? Ils le savent, en effet, et ils le disent, c'est dans le cœur que la religion consiste, et non dans ces pèlerinages, dans ces légendes, dans ces prétendus miracles, auxquels on tiendrait moins, si l'on n'en vivait pas.

Les débats duraient depuis six à sept ans, quand le cîirdinal Cnraccioli, archevêque de Naples, écrivit au Pape pour lui signaler des choses inquiétantes, qui s'étaient passées dans son diocèse (1). Les quiétistes y étaient nombreux, deux mille, dit-on (2). On les voyait rejeter les prières vocales, se refuser a dire le rosaire, et même a laire le signe de la croix, disant que les choses extérieures ne sont rien. Un d'eux en vint jusipi'à renverser un crucifix, cpii l'empêchait, prétendait-il, de s'unir a Dieu. « Ils sont, dit l'archevêque, dans cette erreur de croire que toutes les pensées qui leur viennent dans le silence et le repos de l'oraison sont autant de lumières et d'inspirations de Dieu, et (ju'étant la lumière de Dieu, elles ne sont sujettes a aucune loi, de

(1) Lettre du card. Caracoioli, 30 janvier 1682.

(2) Burnet, Vogage en Italie.

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