CHAPITRE VII. — LE QUIÉTISME
Cependant le cardinal Cibo, chef de la congrégation du Saint-OiTice, écrivit, au nom de l'Inquisition, a tous les évêques d'Italie, pour les inviter a dissoudre, chacun dans soîi diocèse, ces assemblées, ces confréries mystiques, où, sous prétexte de conduire les âmes a la perfection, par la voie de l'oraison de quiétude, on enseignait des erreurs, des hérésies et des abominations honteuses (1). Des visiteurs furent envoyés dans les couvents. Ils constatèrent que les Carmélites, les religieuses de la Conception, celles du mont Albano, d'autres encore, avaient quitté les Heures et le rosaire, pour s'attacher 'a l'oraison mentale. Elles disaient que toutes ces prières et ces pratiques sont bonnes pour ceux (pii commencent ; qu'imposer des formulaires aux âmes avancées, c'est mettre des bornes a leur amour ; qu'un regard amoureux jeté sur Dieu, dans le silence et le recueillement de l'âme, en apprend plus que toutes les subtililés de la théologie. Elles ajoutaient que cette doctrine n'est pas nouvelle ; que c'est celle de tous les anciens mystiques; que, du reste, les livres de Petrucci et de Molinos, où elle est particulièrement enseignée, ont été imprimés plusieurs fois, avec l'approbation du Saint- Office. Au tort d'être quiétistes, elles ajoutaient celui de raisonner.
De l'examen des papiers de Molinos, des interrogatoires et des enquêtes, il résulta des charges accablantes. Les inquisiteurs, après les avoir formulées, les présentèrent 'a Molinos. Il avoua que telle était sa doctrine, reconnut ses torts et demanda pardon. Les inquisiteurs,
(1) Lettre circulaire de M. le card. Cibo, écrite de Rome, le 15 février 1687, par ordre de la congrégation du Saint-Office.
en raison de sa franchise et de son repentir, le traitèrent avec douceur, et ne le condamnèrent qu'à la prison perpétuelle. Molinos fit son abjuration a la Minerve, en présence des cardinaux, des prélats de la cour romaine, et d'une foule immense, attirée par une concession d'indulgences et par la singularité du spectacle. Il monta sur un échafaud ; on lui mit une torche à la main, et deux moines, vêtus de longues robes, lurent h haute voix le décret du Saint-Office. Au feu ! au feu! criait le peuple, a la lecture de certains articles. Molinos eût été mis en pièces, si les sbires ne l'eussent protégé. Les Romains sont toujours les mêmes :
Turba Rémi sequitur fortunmn, ut semper, et odit Damnatos (1).
Quelle était donc cette pernicieuse doctrine, trouvée dans la Guide, et surtout dans la correspondance de Molinos? L'Inquisition l'a formulée dans soixante-huit articles insérés dans son décret du 28 août 1687, et reproduits, le 20 novembre suivant, dans la bulle du Pape Iimocent XI. En voici le résumé, présenté dans un ordre logique.
I. La voie intérieure. — Son caractère, c'est l'indépendance. Elle n'a aucun rapport avec la théologie : un théologien y a moins de disposition (ju'un idiot (art. 64). Indépendante de la science, elle ne l'est pas moins de l'autorité : c'est dans les choses extérieures seulement (ju'il faut obéir aux sujjérieurs (art. 65 et 66).