CHAPITRE VII - LE QUIETISME. 14i
c'est la contemplation, ou Toraison de quiétude. La contemplation est essentiellement un regard direct el amoureux de l'âme ; elle est incompatible avec toute réflexion, tout raisonnement, toute pensée. Aussi, les images exposées à la vénération des tidèles font-elles un grand tort aux contemplatifs ; elles attirent l'attention et empêchent l'âme de s'élever directement à Dieu (art. 15).
L'objet propre de la contemplation, c'est la nature divine. Les mystères de la Trinité, de llncarnation, de la vie et de la mort du Sauveur, loin de servir a l'oraison de quiétude, ne peuvent que l'empêcher (art. 4).
m. L'état passif. — S'il est une vérité que la contemplation imprime fortement dans l'âme, c'est celle-ci : Dieu est tout; l'homme, rien. L'homme doit donc s'anéantir devant Dieu, faire abandon de soi a Dieu. Cet abandon conduit à l'état passif. L'état passif est le véritable état de perfection chrétienne. 11 consiste dans l'anéantissement des facultés, dans le renoncement à toute opération propre, dans une disposition permanente a se tenir devant Dieu « comme un corps sans âme » (art. 2). « Dieu veut agir en nous sans nous » (art. 4).
IV. L'indifférence. — Une des conséquences de l'état passif est ce que Molinos appelle « la céleste et sainte indiflerence. » L'âme ne doit penser ni a la récompense, ni a la punition, ni au paradis, ni a l'enfer, ni à la mort, ni à l'éternité (art. 7). €ar le désir, la crainte, l'espérance, sont des actes, et l'âme doit éviter d'en produire. Par la même raison, elle se gardera de rien demander a Dieu. Demander, c'est renverser l'ordre, c'est vouloir que la volonté de Dieu se conforme a la nôtre (art. 18).
V. L'impeccabilité. — Mais l'âme livrée a l'oraison de quiétude rencontre la sécurité, en même temps que l'indifférence. Jusque-la, la doctrine de Molinos ne diffère pas sensiblement de celle de Falconi. Mais cette doctrine renfermait d'abominables conséquences ; Molinos les en a fait sortir. Son quiétisme, plus savant, sans doute, est aussi brutal que celui des Bégards. Dépouillée de ses facultés, de son libre arbitre, Tàme ne s'appartient plus, et par conséquent ne peut plus pécher : « elle ne peut faire aucun péché, ni mortel, ni véniel » (art. 5). Dieu règne sans interruption et sans partage dans la partie supérieure de l'âme; si le démon agit sur les sens, i! ne faut pas s'en occuper. « Si la nature s'émeut, laissons-la s'émouvoir : ce n'est que la nature » (art. 17). Dieu permet ces choses pour nous humilier. Autrefois il faisait des saints par le ministère des tyrans; il les fait aujourd'hui par le ministère des démons (art. 45). Quand ces choses arrivent, il ne faut pas s'en inquiéter, mais chasser les scrupules et les craintes, et surtout il lâut bien se garder de s'en confesser (art. 47) (1).
C'est ainsi quelquefois qu'un indolent mystique, Au milieu des péchés tranquille fanatique, Du plus parfait amour pense avoir l'heureux don Et croit posséder Dieu dans les bras du démon (2).
(1) Art. 41. Dons permittit et vult ad )ios huiniliandos... quod in animabus quibusdam perfectis, dœmon violetUiani inférât eoriim corporibus, eosque acius carnales committere facial, eliam i» vigiliâ, movendo physicù illis manus et alla membra.
Art. 42. Potest dari casus quo fiujustnodi violenliœ ad acttu carnales contingant, eodem tempore^cx parte duarum personartirn, scilicet maris et fœminœ, et ex parte utriusque sequutur actus.
Art. 47. Cuin hajusïiiodi violentiœ occurruiit, siiiere oportet ut sata)u(s opcrelur, etc.
(2) BOILEAU, épit. XII.