‹ Madame Guyon, sa vie, sa doctrine et son influence; d'après le écrits originaux et des documents inéditsChapitre 82 sur 152 · CHAPITRE VIII. — PREMIÈRE CAPTIVITÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — PREMIÈRE CAPTIVITÉ

auteur d'une histoire de France longtemps estimée, et d'intéressants mémoires où nous avons pris ces détails. Quand il s'agissait de paraître en public et de déployer un beau langage, c'est a lui que Ton avait recours. Il eut, en récompense, un canonicat de Notre-Dame.

Parmi les habitués du palais épiscopal étaient encore Copulain, Gabillon, Pirot, le théologien de l'époque, honnête homme, au fond, mais sans caractère, se ployant, s'abaissant 'a tout ce qu'on voulait (1). Citons encore, pour en finir, Sachet, curé de Saint-Gervais. C'était un bel esprit et le directeur préféré des âmes tendres. Etaitil menacé de l'apparence d'un rhume, toutes ses dévotes se mettaient 'a lui préparer un bouillon, et il allait en prendre un peu partout, afin de ne point faire de jalouses. C'est à lui ([ue pensait Boileau :

Mais de tous les mortels, grâce aux dévotes âmes,

Nul n'est si bien soigné qu'un directeur de femmes, etc. (2).

Quant a la Sorbonne, elle était bien déchue. Ils étaient la près de deux cents docteurs, la plupart incapables, assez d'accord entre eux pour résister au pape, ou pour trembler devant le roi, le parlement et l'archevêque ; mais disputant sur tout le reste, et finissant presque toujours par de grossières iujurcs, dites en mauvais latin. « Nous sommes plus a plaindre qu'à blâmer, disait un jour ingénument le syndic, Jacques Le Fèvre ; la

On peut voir la même formule en tête de plusieurs volumes de YHist. eccl., de Fleury.

(1) Il a écrit, sans rien publier. La bibl. d'Orléans possède, en manuscrit, un de ses ouvrages. C'est une dissertation sur le scapulaire, in-4 de 100 pages.

(2) Sat. X.

Faculté a toujours été et sera toujours le jouet et l'esclave de ceux (jui la dominent, et principalement de Farclievêque de Paris, parce que la plupart de nous ne vivant que de confesse et de prêche, il peut, quand il lui plaira, nous ôter le pain de la main. » « Quelle pitié! s'écrie l'abbé Legendre, qu'une compagnie d'ecclésiastiques qui l'ont serment de soutenir la vérité, jusqu'à l'effusion de leur sang!.. (1) » C'est vrai ; mais partout l'héroïsme est rare, et l'on mène aisément les hommes, dès que l'on a de quoi les faire mourir de faim.

Il s'en faut que les Jésuites fussent, comme la Sor^ bonne, à la discrétion de l'archevêque ; c'est lui qui avait peur d'eux. Sa conduite, qu'il ne voulut pas changer, le mettait dans leur dépendance. Aussi avait-il soin de les consulter, de les mettre dans sa confidence, et de paraître agir de concert avec eux. Les Jésuites se sentant les maîtres, y mirent des égards : ils laissaient faire l'archevêque de Paris (2).

Rome cependant venait de condamner Molinos. Louis XIV était dans toute la joie de son triomphe et du service signalé qu'il venait de rendre à l'Eglise. Le Père La Motte et l'official en prolitèrent. On lit entendre au roi que La Combe était ami de Molinos, qu'il avait quitté Verceil pour échapper 'a l'Inquisition, et qu'il s'était retiré en France, où il enseignait les mêmes doctrines. Le 5 octobre 1087, on enleva le P. La Combe pour le mettre aux Pères de la Doctrine chrétienne, et quelques semaines après, a la Bastille. Loflicial Cliérou et le do-

(1) Mém. de Legemh-e, pp. 52, IGO, 229.

(2) D'Ac.UESSEAtT, Mémoires, au t. XTII de ses Œuvres comph'tcs.

Page 1