CHAPITRE VÏII. — PREMIÈRE CAPTIVITÉ
cile abbé Pirot allèrent TinteiTOger (1). Que se passat-il? On n'en sait rien. Voici ce que dit Phelippeaux : « Comme il marqua un attachement invincible a la doctrine de son livre intitulé : Analyse de l'oraison mentale (2), le roi le fit conduire a Oléron, de la en d'autres lieux, enfin au château de Lourdes (3). » « De preuves, dit de son côté l'abbé Legendre, il n'y en a point (4). » « lia été jugé sans aucune formalité, lit-on dans les Nouvelles ecclésiastiques, convaincu d'opiniâtreté, trop attaché aux intérêts du pape, ne parlant que de Rome, à la censure de qui il soumet son livre, et condamné a une prison perpétuelle (5) ». Ainsi, sans preuves, sans aveux, peut-être sans examen ; sans que l'on ait osé articuler publiquement un reproche contre ses mœurs ou sa doctrine, le P. La Combe fut traité aussi durement que l'avait été Molinos (6). Et pendant que le pauvre Barnabitc, pour avoir été soupçonné, allait achever sa vie, comme un criminel, dans une prison d'État, Harlai de Chanvalon, comblé de biens et d'honneurs, continuait de passer doucement ses jours sur le siège archiépiscopal de Paris, 'a la tête du clergé de
(1) Lettre du roi à M. de Berrnans, gouverneur de la Bastille, 29 octobre 1687. (Arch. nat.)
(2) Orationis mentalis analysis (1686). Ce livre n'était pas condamné et pouvait, à ce moment, ne point paraître condamnable. 11 fut mis à l'index un an plus tard, le 9 septembre 1688.
(3) Relation sur l'origine, etc., p. 32.
(4) Mém., p. 194.
(5) Nouv. eccl., février 1688. (Bibl. nat.")
(6) Aucune communication avec le dehors ni avec l'intérieur; impossibilité décrire sous quelque prétexte que ce soit, etc. Lettre du roi et de Seignelay à M. de la Vogade, commandant d'Oléron, 27 février 1688. (Mss. de la Bil 1. nat.)
France. « On ne verra que dans réternité, dit M"'*" Guyon, quels sont les vrais amis de Dieu (1). »
La Combe était perdu. M""' Guyon restait encore ; elle pouvait parler, tout découvrir et tout perdre. Le P. La Motte vint donc trouver sa sœur et l'engagea plus fortement que jamais à s'enfuir, l'assurant qu'on ne la mettrait point dans cette affaire, mais que, si elle ne fuyait pas, on l'y mettrait.
La proposition qui avait déjà si honteusement échoué ne fut pas, cette fois, mieux accueillie. Le P. de La Motte revint alors à sa première idée d'être le directeur de M"'" Guyon. 11 y voyait un double avantage : un moyen, pensait-il, d'avoir en maniement la pension de sa sœur; puis un éclatant témoignage de confiance, et la condamnation, par conséquent, du P. La Combe.
On vint donc, de tous côtés, déclarer à M'"' Guyon qu'elle n'avait point d'autre parti a prendre; on l'assurait que, par ce moyen, elle ne serait point inquiétée, mais que, sans cela, elle était perdue. Ses arnis mêmes l'engageaient à faire de nécessité vertu et à se rendre aux désirs du P. La Motte, lui faisant remarquer qu'elle ne dirait, après tout, ((ue co qu'eue vouih-ait. « 0 mon Dieu, s'écrie M"'" Guyon, vous savez combien je suis éloignée des détours, des déguisements cl des fourberies, surtout en cette matière. »
Elle résista vaillamment.
Ses ennemis alors se mirent a la décrier au point qu'elle n'osait plus sortir. « Ils m'acusaient d'hérésies, de sacrilèges, d'infamies de toutes sortes, que j'ignore
(1) Vie de M'"' Guijon, 3« partie, p. 30.