CHAPITRE VIII. - PREMIÈRE CAPTIVITÉ. IGl
de récriture de M"" Guyon. « Vous voyez bien, madame, « dit-il, qu'après une lettre comme celle-là, il y avait « bien de quoi vous mettre en prison. » Je lui répondis : « Oui, monsieur, si je Favais écrite. » Et par le rapprochement des dates, des lieux, des personnes, elle fit voir clairement qu'il était impossible qu'elle en fût l'auteur. L'oflicial, quelque temps après, revint la voir et lui dit qu'il ne fallait plus parler de cette lettre. Le lendemain M""' Guyon écrivit à l'official et à l'archevêque. Ces lettres, dont elle parle, sans les reproduire, et qui ont ici une importance extrême, viennent d'être retrouvées aux Archives nationales, par M. Ravaisson, et publiées dans les Archives de la Bastille (1).
« J'ai fait réflexion, écrit M"'' Guyon a l'oflicial, suivant ce que vous eûtes la bonté de me dire hier que la fausse lettre n'était rien ; je vous assure qu'elle est tout, à cause des circonstances qui l'ont précédée et de celles qui l'accompagnent. Les gens qui l'ont écrite et ceux qui l'ont fait écrire, car j'ai des preuves également fortes contre les uns et les autres, ont pris tout le soin possible de me décrier partout comme une infâme et d'envoyer en cent endroits des libelles diflamatoires contre moi ; c'est prouver la fausseté de leurs libelles que prouver la fausseté de leurs lettres. N'est-ce rien pour une femme de mon caractère que de perdre l'honneur?... Songez que j'ai une famille, à qui cela fait un extrême dommage, surtout ma lille, qui doit regarder son honneur et celui de sa mère comme son principal ornement. L'on m'a mise dans la Gazette par le soin de
(l) Archives de la Bastille, documents inédits, etc., t. IX, 1877, p. 41 et suiv.
ces personnes, comme une scélérate; je ne me suis jamais vengée d'elles que par le silence et par les prières ({uc j'ai faites pour leur conversion... Ils ont ensuite écrit, contrefaisant mon écriture, pour faire paraître que je faisais des assemblées, et que j'avais concerté des affaires importantes, peut-être contre l'État. Ils peuvent tous les jours, en contrefaisant mon écriture, me faire de nouvelles affaires. Je vous conjure, au nom de Jésus-Christ crucifié, de trouver un moyen qui répare mon honneur, sans les perdre, et qui fasse connaître la vérité. »
« Quel est mon crime, écrit-elle à l'archevêque, pour que je sois privée des avantages de tous les criminels? On ne se contente pas de m'imputer des crimes que je ne fis jamais, de contrefaire mon écriture, pour me faire paraître coupable; mais de plus, l'on m'ôte tous les moyens de me justifier et de me défendre... »
Le jeudi saint, 15 avril 1688, l'official vint annoncer 'a M*"" Guyon qu'il lui laissait la liberté du cloître, c'està-dire la liberté d'aller et de venir, et de s'entretenir avec les religieuses. Du reste, elle demeura privée de toute communication avec le dehors, et ne put pas même obtenir de parler au tuteur de ses enfants. Mais quelques jours après, Tofficial revint, et en présence de la supérieure et du docteur Pirot, il offrit h M'"*' Guyon la liberté. On y mettait une condition : c'est qu'elle voulût bien consentir à un mariage projeté de sa lille. Le roi, ajoutait l'abbé Chéron, y tenait beaucoup, mais lie ferait i)oint de violence. M'"" Guyon reprit qu'elle savait le roi trop juste pour en user autre-