GIIAP. IX. — LA COL'R ET SAINT-CYU
saintes, qui s'estimaient et s'aimaient déjà depuis longtemps : rien dans la suite ne put les désunir. Le 25 août 1689, Jeanne-Marie, fille de M^^e Guyon, épousait, à Versailles, Nicolas Fouquet, marquis de Vaux, fils du surintendant et frère de la duchesse (1).
C'est alors que M^^e Guyon quitta M™^ de Miramion, pour vivre auprès de sa fille, a qui elle était nécessaire, à cause de son extrême jeunesse (2). Elle y resta deux ans et demi, habitant Paris une partie de l'année, et le reste du temps la campagne. Elle eut ensuite l'intention de se retirer aux Bénédictines de Montargis, et d'y vivre inconnue. Mais son secret ne fut pas gardé; ses enfants, ses amis intervinrent, et l'archevêque de Sens empêcha qu'elle ne fût reçue au couvent. Elle ])rit donc une petite maison éloignée du monde, pour y suivre le penchant qu'elle avait à la solitude, et se borna à voir sa famille, avec un petit nombre damis. Ses amis étaient les plus grands personnages ; parmi eux, Fénclon. M™« Guyon l'avait connu peu de temi)s après sa sortie des Visitandines.
Fénelon avait alors trente-sept ans. 11 était depuis dix ans supérieur des Nouvelles-Catholi(pies de Paris et avait par conséquent entendu parler de M'"^ Guyon, au moment où elle était partie, pour fonder rétablissement de Gex. Mais il n'avait point approuvé la conduite de cette mère de famille, <pii abandonnait ses enfants,
(1) D"HoziEB, Armoriai ijénéral, registre 5; Dangeau, Journal, 29 août 1689, à Ver.-ailles. « M. le marquis de Vaux, fils de M. Fi)uquet, épouse ici M"« Guyon, fille très-riche qui n'a qu'un frère, qui vient d'avoir le bras cassé à Valcour. » Elle avait deux frères, et n'était pas si riclie que le dit Dangeau.
(2) Née le 4 juin 1676, la jeune marquise avait treize ans.
pour s'en aller follement dans un pays étranger, entreprendre le Itien (piil lui était si aisé de l'aire autour d'elle. Ce qn'il avait appris depuis de M™» Guyou, de ses dons extraordinaires et de ses courses aventureuses, n'avait servi qu'à augmenter son éloignement pour elle. Mais la lettre de M. d'Aranthon, que nous avons citée j)lus haut, et dont il possédait l'original, le lit revenir. « Je voyais, dit-il, que le seul grief de ce prélat était le zèle indiscret d'une femme qui voulait trop communiquer ce (pi'ellc croyait l)on, et qu'à cela p'ès, il rcstimail infiniment et honorait au-delà de l'imaginable (1). »
Enlin, ayant eu occasion d'aller à Montargis, il y jiarla de M"^® Guyon a ceux qui avaient été, pendant plus de trente ans, les témoins de sa vie, et il revint touché des témoignages unanimes qu'il avait entendu rendre à ses vertus (2).
Les premières entrevues eurent lieu chez la duchesse de Béthu.ne. Voici le récit de M™» Guyon : « Quehjues joursaprès ma sortie, ayant oui parler de M. l'ahhé de F..., je fus tout a coup occupée de lui, avec une extrême force et douceur. Il me semhla que Notre-Seigncur me l'unissait très-intimement, et plus que nul autre. Il me fut demaiulé un consentement : je le donnai ; alors il me parut qu'il se fit de lui à moi comme xmo liliation spirituelle. J'eus occasion de le voir le lendemain ; je sentais intérieurement (pu^ celle première entrevue ne le satisfaisait pas, qu'il ne me goùtail point, el j"éj)rouvai
(1) Brpo)ise à la relation, chap. i, n» 1.
(T) Dausseï, Hist. de Féii., liv. II, chap. xii ; Ramsay, Ilisl. île la vie el des om\ de Fh)., Ainstordarn, XTH, \^. 20.