‹ Madame la duchesse de Parme devant l'EuropeChapitre 7 sur 7 · PROTESTATION DE S. A. R · texte numérisé non relu

PROTESTATION DE S. A. R

« Nous, Louise-Marie de Bourbon, Régente des États (le Parme pour le duc Robert I®'.

« C’est avec la plus vive douleur, qu’éloignée du

pays que Nous gouvernions avec un véritable amou^, au nom de Notre fils orphelin, Nous avons appris les plus graves changements politiques survenus contrairement aux dispositions par Nous laissées, et contrairement aux droits et aux intérêts du duc de Parme.

€ Nous devons, en eonséquence, et malgré Nous, élever nos plaintes contre une partie de nos sujets ét contre un gouvernement voisin qui a entrepris de Nous supplanter, et qui, sans de justes motifs, a voulu Nous considérer comme ennemis.

c En vérité. Nous ne devions pas nous attendre à de semblables événements. A l’intérieur. Nous avions eu, dans la restauration spontanée du 3 mai dernier, un gage rassurant des bons sentiments de nos sujets. A l’extérieur, c’étaient des démonstrations incessantes d’une cordiale amitié que nous recevions de la' part de toutes les puissances, y compris les puissances belligérantes; amitié qui correspondait parfaitement à la politique que Nous avons constamment suivie.

f Néanmoins, les événements survenus dans leS domaines de Notre famille, d’abord à Pontrémoli, puis dans la capitale, ensuite à Plaisance, nous ont monti^é des atteintes portées au droit de Notre fils le duc de Parme, Robert et noos ne pouvons tarder à protester publiquement et solennellement, comme Nous protestons par le présent acte.

« Contre les actes de rébellion par lesquels les municipalités de Parme, de Plaisance et de Pontrémoli, s’érigeant en interprètes des populations, ont prétendu les délier de l’obéissance ducale et ont proclamé l’annexion du pays au royaume de Sardaigne;

€ Contre les procédés employés par le gouverne-

ment piémontais, d'abord dans la province de Pontrémoli, ensuite dans les autres parties du duché, soit en y fomentant et appuyant la révolution, soit en les occupant peu à peu avec ses troupes, soit en accueillant la sédition contre tout droit, au mépris des stipulations des traités européens et des traités conclus en parti» culier avec le Piémont, et cela sans provocation et sans juste cause de guerre ; et, conjointement. Nous repoussons tout argument que l’on voudrait faire valoir comme motif ou prétexte de droit et de fait, dans le but de Nous rendre solidaires de l’Autriche dans les actes d’hostilité que cette puissance a exercés envers le Piémont, en prenant pour point de départ la forteresse de Plaisance ;

• Contre tous ceux qui, dans le cours des vicissitudes politiques ont porté ou porteraient en quelque manière atteinte aux droits de notre fils; droits que par le présent acte Nous entendons et déclarons conserver dans toute leur intégrité.

^ t Nous protestons, de plus, et déclarons que Nous considérons tous les actes accomplis ou à accomplir contrairement aux droits de Notre bien-aimé fils dans les.duchés de Parme, comme entièrement nuis et non avenus; Nous protestons contre leurs conséquences, et Nous Nous réservons de faire valoir, en tout temps et en toute manière légale et de raison, les droits susénoncés.

« Ces protestations, 'Nous les faisons devant Dieu et devant les hommes, non-seulement dans l’intérêt de Notre fils, mais dans l’intérêt de ses sujets, et Nous entendons qu’elles soient signifiées à toutes les puissances sur lesquelles r^ose le droit public européen.

« Nous faisons appel à ces mêmes Puissance», avec la conGance que, dans leur haute justice, dans leur soin des traités et de l’inviolabilité des droits des souverains et des Étals, et sous leur magnanimité, elles voudront prendre à cœur et soutenir efficacement la cause du jeune souverain de Parme.

« Donné à Saint-Gall, en Suisse, ce jour 20® de juin mil huit cent cinquante-neuf.

• Louise. »

Jamais langage de mère et de souveraine ne fut plus digne, plus touchant et plus persuasif. On voit que Madame Louise de Bourbon répond à tout, établit avec une netteté sans égale la vérité de sa situation, défend tous les droits de son Gis et les place sous la protection de la justice divine, de la conscience humaine, sous le respect des traités et la garantie de l’Europe.

Dans la seconde pièce, le ministre n’est pas moins explicite que la Régente. Il s’adresse à la France, réclame sa puissante sanction pour les droits du Prince orphelin et exilé, réfute les prétentions du Piémont avec une rare autorité. La voici. C’est une Note signée le 21 juin, de Saint-Gall :

c J’ai pensé faire connaître à Votre Exc. quel est aujourd’hui l’état précis des rapports entre le Piémont et le souverain de Parme, afin que vous veuillez en informer S. Exc. M. le comte Waiewski.

« Lorsque des troupes sardes s’emparèrent de Pontrémoli, le général Ribotti qui les commandait voulut garder en otage le préfet de la province, et Gt empri-

sonner des gendarmes et des gardes de finance qui s’y trouvaient en service. Je demandai an comte de Cavonr, par une dépfiche télégraphique du 30 mai, de faire mettre incessamment en liberté ces personnes, et il me répondit par le télégraphe : « Il Ducato di Parma essendo la base d'operazione delt’ Esercito nemico, non è possibile impedire che anche dal canlo nostro non avvengano ostilità. »

« Le Gouvernement de Son Altesse Royale vit avec surprise que des hostilités que l’Autriche entreprenait contre le Piémont du côté de Plaisance, on voulait faire un cas de guerre de cette dernière puissance contre le Duché. Pour décliner celte responsabilité, on envoya à Turin M. le sénateur Cattani, ministre d’État, et M. le comte DalI’Asta, Ces Messieurs devaient s’entendre verbalement, attendu l’urgence, avec le premier ministre du roi de Sardaigne, sur le droit que Madame la Duchesse de Parme croyait avoir de demeurer étrangère à une guerre qui s’était engagée par suite de différends et de contrariétés dont cette puissance seule étairrobjet, et de tant d’autres précédents qui n’avaient attctiu rapport ni avec le Souverain, ni avec r'État de Parme. Le coftite Dall'Asta, fut, en outre, chargé d’exposer les mêmes raisons h Paris pour obtenir une interposition de Sa Majesté l’Empereur. Je regrette de ne pouvoir lui dire quel a été le ‘ véritable résultat de sa mission : nous avons quitté Parme avant son retour, et nous n’avOns encore reçu aucune de ses lettres que j^ai motif de croire inter-* copiées en Italie. En attendant, fl est bien positif que M. de Càvüur, répondant à ma lettre 'du 27 mili der- .nier^et àUnon Mémoire du 25 du même uidis (que je

— 2hi ~

transmets ci-joint à V. Exc.), dans lequel je lui démontrais que les hostilités dirigées de la forteresse de Plaisance contre le Piémont, par les Autrichiens, ■ne pouvaient nullement constituer un grief contre le gouvernement de Parme, Monsieur le comte me répondit que c’était bien là le sujet d’un véritable grief, et déclara qu’il était impossible de ne pas considérer l'État de Parme comme associé à l’Autriche dans la guerre actuelle.

■f J’avais soutenu dans mon Mémoire que les hostilités parties de Plaisance, étaient, selon moi, un fait qui découlait tout nàturellemcni du traité de 1817, conclu entre les six grandes puissances de l’Europe. M. le comte de Cavour se récria contre les traités postérieurs de 1822 et de 18/18. Je crois pouvoir soutenir à bon droit que là convention de 1822 n’a été ‘qu’un acte prévu et voulu par les hautes puissances signataires du traité de 1817, qui remettaient aux deux hautes parties intéressées (l’Autriche et Parme) le soin de combiner erttrfe elles l’exécution de l’article qui accordait à l’Autriche la forteresse de Plaisance pour la 'défense de toute l’Italie, et que les’concessions faites par cet acte et condamnées' par M. le comte de 'Cavour, n’ont pas été désavouées pur les puissances signataires dudit traité. Je me propose en outre de soutenir à l’occasion que Madame la Duchesse de Parme n’aurait jamais consenti à reconnaître dans la guerre présente une application quelconqqe du traité dç 1843. Ce fut précisément scrus ce point de vue que, dans les derniers événements de la guerre et de la révolution; elle se refusa absolument à toute intervention de l’Autriche dans le duché. 11. ne serait doiic ni

juste ni conséquent que Je souverain de Parme dût, malgré cela, se trouver légalement impliqué dans la guerre de l’Autriche. Le traité de 1848 n’est qu’un traité de ligue défensive. 11 n’est pas vrai qu’il livre, en tous les cas de guerre, le territoire de Parme à l’Autriche. Le traité renferme une indication catégorique des cas où il pourrait trouver une application.

Le premier cas, selon le premier article, c’est que l’Autriche, voyant ses États en Italie exposés à une attaque du dehois, pourrait demander des secours au duc de Parme qui devrait les lui prêter. Cette fois, ce n’est pas l’Autriche qui a été attaquée, c’est elle, au contraire, qui a attaqué; elle ne pouvait donc demander des secours et n’en demanda point, ce qui ne donna pas lieu pour le premier cas à l’application du traité, et Parme n’en fut point compromise.

Le deuxième et le troisième cas se présenteraient lorsque Parme, d’après l’article 1*'’, étant attaquée, demanderait des secours à l’Autriche, ou lorsque, selon l’article 3, elle en demanderait pour la répression d’une émeute intérieure. Le duché de Parme a vu se vérifier successivement les detjx cas de Yallaque et de Vémeiite dans la révolte de Pontrémoli, suivie immédiatement de l’invasion des troupes sardes. Dans les deux cas. Madame la Duchesse de Parme a aimé mieux voir .envahir cette province et s’exposer aux suites fatales d’une révolution qu’invoquer une intervention étrangère pour sa défense. L’’importance d’un tel fait ressortira davantage si l’on songe qu’à la même époque, le duc de Mudène demandait et obtenait l’intervention autrichienne dans ses provinces transapennines. On voit doue que la conduite du souverain

de Parme a été bien différente. Est-ce qu’on voudra maintenant qu’il subisse des conséquences également fâcheuses? ou serait-ce peut-être parce qu’il avait une faculté dont il n’a pas voulu se servir.

Cependant, M. le comte de Gavour insiste sur la prétention que le traité de 1848 a livré le territoire de l’État à l’armée autrichienne. Évidemment, le ministre sarde se rapporte à ces expressions du traité, d’après lesquelles les États de Parme, présentant une ligne de défense pour les États de l’Autriche en Lombardie, cette ligne pouvait être occupée militairement. On dirait que le sens de cet article n’a pas été compris. Le droit conféré à l’Autriche d’occuper le territoire et les places fortes du duché est limité au cas où cela est demandé dans l’intérêt de la commune défense. L’existence positive de cet intérêt est une condition toujours indispensable : cet intérêt, conformément aux principes du droit commun, doit être reconnu des deux parties, dont l’une ne peut se porter dans le territoire de l’autre sans en avoir obtenu une préalable adhésion. Dans la guerre actuelle, l’Autriche est sortie de Plaisance pour son propre compte; elle a agi d’elle-même indépendamment d’aucun accord préalable. Il était donc naturel de croire qu’elle entendait appliquer le traité de 1819 et non celui de 1848. Rien n’autorisait à d’autres suppositions; c’était l’Autriche qui soutenait les frais de la guerre et de toutes sortes d’approvisionnements ; elle montrait ainsi qu’elle ne regardait pas le duc de Parme comme associé à cette guerre. Si l’Autriche avait invité le souverain de Parme à y concourir comme allié, celui-ci lui aurait répondu qu’il ne pouvait le faire, parce que cette

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guerre n’avait pas été entreprise pour la défepse comimine, et que nulle société, et, par conséquent, nulle application de convention sociale, ne saurait avoir lieu sans une préc^iistante conunaunauté d’intérêts; que cette guerre, ainsi que nous l’avons déjà dit, était dérivée de causes auxquelles le duc de Parme était tout à fait étranger; enlin, le souverain; de Parme aurait répondu que les hostilités avaient commencé d’une manière non défensive, mais évidemment offensive, puisque l’Autriche était entrée la première sur le territoire piémontais et le traité de 1848 est purement défensif. Parme aurait donc décliné toute responsabilité et protesté envers l’Autriche contre toute participation à une telle guerre. Ou pourrait non plus reprocher au gouvernement de Parme de n’être pas allé au devant des éventualités. On avait fait comprendre plus d’une fois au gouvernement autrichien que Son Altesse Royale n’était pas dans l’intention de se voir impliquée dans la guerre qu’on voyait imminente; cela avait même été déclaré d’une manière explicite à M. le comte de Paar, et répété audit ministre, dans une lettre du 14 mai dernier, à laquelle il avait promis une réponse qu’on n’a pas reçue, par suite probablement de la rapidité des événements postérieurs. Ladite lettre, dont je transmets une copie 4 Votre Excellence, n’a pas été publiée ; elle pourra l’être un jour, et tout le monde y verra sans doute une protestation contre toute responsabilité du souverain de Parme.

« Si le comte de Gavour disait que le territoire du Duché avait été livré à toute occupation que l’empereur d’Autriche aurait cru utile, dans le seul but de

fir^visjon militaire, oa Lui répand,raU qoç dès que Tarticlc dit; : « Toutes tes fois que l'exigent l'intérêt, de la défense commune ou la prévision militaire, » la prévision doit être regardée comme tenant, elle aussi, à l’intérêt de la défense commune.

« Les considérations que je viens d’exposer à Votre Excellence pourront peut-être prouver au gouvernement français que l’idée que AL le comte de Cavour. a eu soin de cultiver pour en venir à des hostilités, contre l’État de Parme qu’il se proposait depuis louÿ-, temps d’annexer au Piémont, a été au moins précipU tée. J’espère avoir démontré que le duc de Parme, sans, provocation, sans avoir fait des démarches reprocbables, mais seulement à la suite de ce qui fut malheureusement imposé par les puissances signataires du traité de 1817, à cause de l’espii it révolutionnaire; répandu dans toute l’Italie et des sourdes menées dq Piémont, a été réduit à une position tout à fait dilfi~ cile qui méritait bien les égards de la justice et de l’équité. ».

Âprès la lecture de ces pièces, la conviction e^L faite.

Qu’on yeuille biçn se reporter par la pensée è tout ce que nous avons exposé, à tout ce que nous avons dépeint, et on dira : Qui, Madame la Duchesse de Parme est victime de ^ambition envahissante dq Piémont, comme son pays est victime de l’oppressiop révolutionnaire 1

Mais il y a une justice des hommes et une justice

de Dieu I Ni Tune ni l’autre ne manqueront à la cause* de cette auguste veuve et de ses royaux orphelins.

La justice des hommes s’exerce dans les âmes par ces intimes arrêts que nulle puissance ne méprise en vain, et qui sont la voix de la conscience publique et la clameur de l’opinion. La justice des hommes s’exerce encore par les grandes assises européennes; par ces congrès où les nations chrétiennes assemblées sont mises en demeure de venger le bon droit et de faire triompher la vérité et l'équité.

Madame la Régente de Parme, proscrite et exilée, se remet avec confiance à ce double tribunal.

" Rien n’égale la douce et fière sérénité qu’elle garde dans sa retraite. Chaque battement de son cœur si généreux et si pur est un élan de sollicitude pour sa patrie d’adoption, un élan d’affection pour ses sujets, un élan d’amour pour son fils et son Roi. Toutes les vicissitudes désolantes ou honteuses par où passe ce cher et malheureux peuple pour lequel elle a tout fait, y viennent retentir avec angoisse et douleur. Le sort de ces soldats fidèles persécutés pour leur attachement au drapeau ; l’abandon de ces ouvriers et de ces pauvres dont elle réussissait si bien à adoucir les

souffrances et à soulager la misère; la ruine de ces familles dont la prospérité était un de ses soins favoris ; la détresse de cette agriculture dont elle était la seconde Providence ; la décadence de ces entreprises de l’art, de la science, de l’utilité publique qu’elle vivifiait de sa haute protection ; l'abaissement des caractères, l’avilissement où la peur et la violence ont réduit tant d’esprits pusillanimes, honnêtes au fond, dévoués en secret, mais tremblants sous le despotisme et cou-

traints par le besoin à des sacrifices qu’ils déplorent; la destruction de ces institutions si sagement combinées, gage d'améliorations plus importantes et plus heureuses encore; l'égarement de quelques-uns, la faiblesse du grand nombre, l’asservissement de tous ; en un mot, cette situation d’anxiété et de fièvre où gémit l’État tout entier, lui inspirent de cruelles tristesses. Elle l’a dit : c’est une mère qui souffre des maux dont ses enfants sont torturés !

Mais en même temps ni le calme de son âme, ni la bonté de son cœur n’en sont un instant altérés. Chez elle, la résignation est sans la moindre amertume. Elle sent l’étendue de l’injustice sous laquelle elle a succombé. La violation des droits de son fils; l’outrage adressé par la force à la faiblesse sacrée d’un Roi orphelin ; l’atteinte portée en sa personne à la souveraineté et à la neutralité, révoltent la noblesse et la droiture de son esprit. Elle demande et elle attend le redressement de ce tort qui frappe toutes les couronnes et blesse tous les souverains. Mais, justice faite, la rancune n’aura pas de place dans ses sentiments. Elle reprendra, avec une loyauté parfaite et une dignité toute chrétienne, les relations de voisinage, d’amitié, de parenté qui n’ont jamais été méconnues que contre elle et non par elle. Le Piémont, comme l’Autriche, comme la France, comme toutes les puissances, la retrouveront telle qu’ils l’ont connue, admirée dans l’exercice de son pouvoir : jalouse de son indépendance, résolue à la maintenir, mais animée des sentiments les plus sincères de concorde et de paix.

Pour ses peuples, Madame n’éprouve qu’un atta-

chement ravivé encore par rafiUction dont elle est pénétrée. Elle les plaint, elle les connaît et elle les aime. Elle n’a pas même besoin de leur pardonner : ce ne sont pas eux qui l’ont offensée. Une poignée d’étrangers a abusé d’un entraînement éphémère; ces envahisseurs ont courbé, sous le joug de l’intimidation, des caractères faibles, surpris et repentants aujourd’hui, et, certes, suffisamment châtiés par une expérience cruelle.

Il n'y a eu entre l’autorité ducale et la population, ni collision ni conflit. La Régente est partie volontairement, environnée dés respects de tous; elle reparaîtrait de même, accueillie par des acclamations unanimes, comme le chef d’une famille qui revient au foyer paternel après une pénible absence. Sur sa route, elle ne trouverait que des sujets et pas un ennemi.

Sans doute, elle a déploré et annulé les actes coupables arrachés par |a Dictature; sans doute, elle a frémi d’horreur au récit du crime du 5 octobre, et son cœur a saigné de l’affront qui pèse sur sa capitale. Elle a voulu elle-même assister à des prières solennelles adressées à Dieu eU expiation du forfait et en commémoration pour la victime. Mais si elle est impatiente que justice soit faite des bourreaux, elle sait l’indulgence qui est due aux témoins épouvantés d’un attentat qu’ils répudient.

Quant à l’avenir, quant aux conditions nouvelles que peuvent espérer légitimement les peuples de l’Italie qui donc aurait pour l’indépendance nationale plus de sympathie que Louise de Bourbon? Elle a risqué, par deux fois, le maintien de sa couronne,

pour ne point s’associer à la fortune 4es armes antrichienues ; elle a soutenu rindépendance de ses Étatf jusqu’à se mettre en opposition avec sa puissante voisine, laquelle s’en est souvenue I Quel prince a été plus jaloux de ne commander à ses sujets que par le prestige de son autorité propre? N’a-t-elle pas refusé l’appui de toute force étrangère? N’a-t-elle pas déclaré qu’elle préférait se retirer, plutôt que de s’opposer aux espérances de Tltalie?

Parle-t-on de réformes ? qui en a opéré de plus utiles, de plus didiciles et de plus heureuses qu’elle ? Et le cours de ses admirables entreprises n’a-t-il pas été interrompu, malgré elle, par la nécessité des événements? Elle n’a qu’à le reprendre, et ici le passé répond de ce qui doit suivre.

Non, les longues heures de l’exil n’ont pas été perdues pour le bonheur des États parmesans. Madame |a Régente est prête, et elle ira au devant des vœux légitimes et des désirs réalisables. Comme son aïeul Henri IV, rien ne lui coûtera, et elle dira comme lui : < La violente amour que je porte à mes sujets m’e « rendu tout facile et tout honorable. »

La liberté est une ancienne compagne de l’autorité pour les princes de la maison de Bourbon. Les neveux de Louis XVI et de Louis XVIII sont familiers avec les institutions généreuses, et si la France leur a dû l’alliance de la monarchie et des libertés modernes, l’Italie ne leur aura pas une moindre obligation.

Ainsi la paix, l’ordre, l’autorité, la liberté, voilà les dons inappréciables que la Régente ramènera avec elle, et qu’elle seule peut rendre à ses Étals.

Toute autre puissance que la sienne perpétuerait l'anarchie et la servitude.

S’agirait-il d’une annexion à la couronne de Sardaigne? Mais ce serait la sanction d’une des violations les plus odieuses du droit des gens, et ces sortes de compromis, qui ne sont jamais sans appel, laissent pour des siècles le germe de discordes, de revendications, de troubles sans fin. Ce serait l’anéantissement de cette autonomie à laquelle les Parmesans attachent un si juste prix ; ce serait la ruine de leur indépendance locale, ce serait les faire descendre, eux et leur capitale, au quatrième ou cinquième rang dans le domaine d’un prince éloigné, du roi de Turin! Ce se- . rait créer, pour une explosion prochaine, des révoltes qui ne tarderaient pas à se traduire en coups de fusil : qu’on se rappelle Gênes en 1848. Ce serait accroître démesurément la force du royaume sarde au détriment de la liberté des autres États italiens, ajoutez à l’irritation durable de l’Autriche, aux dépens de l’influence même de la France. Ce serait anéantir d’avance tout projet de confédération; car une confédération ne se conçoit qu’avec un nombre assez notable d’États, avec un équilibre facile à établir par la multiplicité des contre-poids.

S’agirait-il de la formation d’un royaume de l’Italie centrale? Comment plier la Toscane et les Duchés à l’unité d’un seul commandement? Voyez les résistances de Florence aujourd’hui en face d’une régence temporaire et fictive. Que serait-ce devant une ' constitution définitive de royauté?

Au contraire, avec le rétablissement de Madame la Duchesse de Parme, tout rentre dans l’ordre. La jus-

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tice triomphe, la conscience publique est satisfaite.

Les intérêts de l’Italie sont ménagés; ceux de la Fiance ne sont point froissés; une confédération est possible. L’Europe peut espérer d’avoir garanti à la Péninsule l’indépendance et la paix.

C’est à l’Europe d’achever l’œuvre. Cette œuvre avait été commencée à Zurich : les puissances signataires du traité déchireront-elles leurs actes, ou les laisseront-elles ouvertement violer? Nous ne le voulons pas croire encore.

Dans le traité de Zurich, les droits du Souverain de Parme étaient < réservés » entre la France et l’Autriche. Les réserver, c’est les reconnaître; car pourrait -on adresser à ces hautes parties contractantes l’injure de prétendre que cette réserve est une dénégation déguisée? Le silence et l’omission n’eussent pas même prêté à une telle signification ; ici, la parole vaut une reconnaissance.

Sans doute, les stipulations de Zurich s’en référaient à l’Europe : c’était juste et naturel, puisqu’il s’agissait de souverainetés placées sous la garantie européenne.

Aujourd’hui, bien des événements se sont accomplis, bien des abandons ont été consommés, bien des violences out été réalisées.

Malgré la justice, malgré la foi jurée, le roi de Sardaigne a accepté les votes d’aunexion du duché de

Parme; ü n’a pas çraÎQl de mettre la main sur l’héritage de la veuve et de l’orphelia, comme sur le patrimoine sacré de saiut Pierre! L’Église et la conscieace publique réservent, on Le sait, des rigueurs solennelles pour de tels attentats.

Restons dans Tordre des droits humains : l’Europe est perdue si elle sanctionne cette violation de la souveraineté, de la neutralité, de Tbonneur.

Rien, en effet, n’est plus sacré que les droits du Duc de Parme.

C’est la souveraineté même, la souveraineté dans la personne d’un enfant 1

C’est la neutralité, c’est-àrdirâ la préservation des malheurs de la guerre, la préparation de la paix, le refuge des faibles. ^

C’est one situation exceptionnelle, créée par les traités européens, imposée par ces traités et dont la responsabilité ne peut tomber que sur l’Europe.

C’est le droit public de la chrétienté, c’est la foi des conventions internationales, c’est la base sur laquelle repose la civilisation même.

Si, par impossible, ces droits étaient méconnus, il n’y aurait plus ni sanction de la souveraineté, ni respect des neutres, ni maintien des traités. L’Europe accepterait la maxime sauvage rappelée naguère ; ■ Le monde est à qui le prend I » Ce serait la théorie d’Attila, contre-signée par la chrétienté; ce serait la fin de l’Europe !

La justice de Dieu, plus juste que les justices humaines, ne le permettrait pas.

C’est aux pieds de ce souverain arbitre des Rois et des peuples, que Louise de Bourbon a déposé la cou-

ronne de son fils. Que de fois, franchissant l’âpre dis* tance qui sépare sa modeste retraite du sanctuaire illustre d’Einsiedeln ; que de fois, partant avant l’aube, traversant, malgré l’inclémence du temps, cette route austère et grandiose, toute semée de périls et de souvenirs, elle s’est rendue, sans pompe, à l’autel de la Vierge-Mère ! Que de fois, confondue au milieu des innombrables pèlerins, agenouillée près d’ une pauvre femme ça baillons qui priait aussi pour son fils, la descendante de tant de Rois n’a-t-elle pas humilié son front et son cœur dans la plus ardente prière 1

Là, Louise de Bourbon abandonnait au Tout-Puis-, sant l’avenir de son peuple et l’avenir de son fils! Elle répandait des larmes brûlantes pour l’Italie, pour Parme, pour les siens. Et elle se relevait, l’âme plus ferme, la volonté plus inébranlable, la foi plus invincible.

Eh bien î Oui, contre toute apparence, contre tout espoir, nous le croyons plus fermement que jamais : cette foi de la Fille de saint Louis ne sera pas trompée I

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