‹ Madame la marquise de PompadourChapitre 16 sur 22 · IS · texte numérisé non relu

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pculour pour leur demander leur protection contre celte polémique de savants qui démolissait son œuvre. Le duc de Choiseul et madame de Pompadour répondirent au vœu du président de Montesquieu : ils firent défense de continuer les critiques contre VEsprit des lois; {mi était grande la protection accordée au parti encyclopédique !

11 était triste de voir un président de chambre au parlement de Bordeaux, quand le parlement de Paris proscrivait VEacyclopédic, écrire à Dalembert une lettre pleine de plats éloges : (( Quant à mon introduction dans V Encyclopédie^ c'est un beau palais dans lequel je serais fort glorieux de mettre le pied, mais pour les deux articles Démocratie et Despotisme je ne voudrais pas prendre ceux-ci ; j*ai tiré de mon cerveau tout ce que je pouvais. L'esprit que j'ai est un moule , on n'en tire jamais que le même portrait. Ainsi je ne vous dirais que ce que j'ai dit, et peut-être plus mal que je ne l'ai dit. Ainsi , si vous voulez de moi, laissez à mon esprit le choix de quelques articles, et si vous le voulez ce choix sera fait chez madame du Deffant avec du marasquin (1). »

Le président de Montesquieu en buvant du ma-

(1) CoUectiou des letUes du président de Montesquieu, 1757,

rastjuin, la liqueur vcriilienne, glorifiait celle œuvre de l'Enc^'clopédie que le parlement venail de condamner et de flétrir, tandis que la marquise de Pompadour elle-même et le duc de Choiseul s'honoraient de prêter un appui secret au parti philosophique. Le côté le plus odieux de cet appui, c'était d'empêcher toute critique indépenpendante, tout examen sérieux ou railleur des œuvres philosophiques. Aucun esprit plus absolu, plus exclusif que Voltaire et d'Alembert, Helvélius, Diderot, d'Holbach; ils ne souffraient pas la critique. Partant de cette idée qu'ils appartenaient à une nature supérieure, ils traitaient de Welches, d'ignares, de coquins, tous ceux qui n'étaient pas agenouillés devant leurs opinions subversives : de là toutes ces fureurs contre les journalistes de Trévoux , contre Fréron et Dom Calmet. Cette épilepsie n'éclatait pas seulement dans leurs œuvres, dans leurs épigrammes et leurs grossièretés, mais ils avaient recours encore à madame de Pompadour, au duc de Choiseul pour obtenir des lettres de cachet contre les critiques , ou bien encore pour faire interdire leur feuille. On vit cette étrange chose qui se produit souvent : un pouvoir assez peu soigneux de sapropre existence pour protéger ses ennemis et proscrire ses amis. Les écrivains qui défendaient la

religion, le trône, le principe (l'autorilc, élaienl mis au fort l'Évêque, interdits dans leurs œuvres, tandis que la marquise de Pompadour et le duc de Choiseul ne juraient que par Voltaire, d'Alembert et Diderot.

Aussi la bande encyclopédique comptait-elle la marquise de Pompadour et le premier ministre parmi leurs adeptes : « Ne craignez pas que le duc de Choiseul vous barre; il se fera un mérite de vous servir (1)... Nous avions été trop alarmés de certaines terreurs, puisque jamais crainte ne fut plus mal fondée. Monsieur le duc de Choiseul et la marquise de Pompadour nous connaissent; on peut tout essayer sans risques (2). » Voltaire faisait ici allusion à la correspondance des encyclopédistes qui était envoyée sous le couvert du département des affaires étrangères par la protection de la marquise de Pompadour. Voltaire s'écriait dans son enthousiasme : «Vive le ministère de monsieur le duc de Choiseul I »

(Ij Lettrées, 1760.

(2) 13 août 1760.

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