LES ENFANTS DE MADAME
enfants ' et la mort de l'aîné, le Duc de Valois. Ainsi qu'on s'y attend sans doute, Liselotte se montra mère passionnée, adorant ses petits et les défendant comme une lionne, contre les médecins d'abord, puis, quand ils furent plus grands, contre les mauvais conseils et les mauvais exemples. La mort du Duc de Valois, qu'elle attribua sans hésitation aux médecins, lui causa un chagrin affreux. Il est cependant à remarquer qu'elle n'aimait pas ses enfants d'avance; aucun d'eux n'avait été désiré, au contraire, et ce n'était point du tout rancune contre un monde mauvais : Liselotte n'avait pas des sentiments aussi philosophiques ; c'était terreur des grossesses et du reste. La première grossesse l'avait fort contrariée : « (23 novembre 1672.) 0 ma chère mademoiselle d'Uffeln! combien il paraît extraoï'dinaire à une gamine de mon espèce de ne plus avoir le droit de courir et de sauter, ni même d'aller en carrosse, et de ne plus circuler qu'en chaise à porteurs. Si encore c'était bientôt fini, on en prendrait son parti; mais en avoir pour neuf mois, ça n'est pas gai, et je vous dirais volontiers, comme autrefois le prince Gustien à Heidelberg : « Grande-maîtresse'^, je voudrais bien de la patience. Voudriez-vous m'en donner? C'est de quoi j'ai le plus besoin en ce moment. » Liselotte n'avait pas commencé à monter à cheval lorsqu'elle écrivit cette lettre. La seconde grossesse la désola en
i. Le troisième était une fille, Elisabeth-Charlotte, née le 13 septembre 1676.
2. Mlle d'Uffeln était devenue grande-maîtresse de la Cour chez la duchesse Sophie.
coupant court aux chasses avec le roi. De la duchesse Sophie à Charles-Louis : « (28 décembre 1673.) Madame fait merveille, car elle estencore grosse, dont elle est bien fâchée, puisque cela l'empêche d'aller à cheval. »
Madame s'accusait aussi d'être lâche devant la souffrance : « J'avoue que je suis alors un grand poltron*. » Bref, elle avait la maternité en abomination : « C'est d'un bout à l'autre, depuis le commencement jusqu'à la fin, un très vilain métier, dangereux et sale, qui ne m'a jamais plu'-. » Opinion que Madame n'eut pas la sagesse de garder pour soi. On disait à la Cour : quand on veut dégoûter quelqu'un du mariage, il faut mettre Madame sur ce sujet-là.
Les campagnes de Monsieur pendant la guerre de Hollande furent d'autres événements de marque dans la vie de Liselotte. Elle était, dans ses premières années, aussi épouse que mère ; on arrangera cela comme on pourra avec l'opinion de tout à l'heure. Absent, Monsieur lui manquait jusqu'à tomber malade d'ennui et d'inquiétude^. Il revenait : c'était une fête : « Madame est transportée du retour de Monsieur », écrivait Mme de Sévigné le 8 juillet 1676. L'amour-propre s'en mêlait, car on avait vu le miracle de 1667 se renouveler, et l'armée s'ébahir à nouveau des brillantes qualités militaires d'un prince aussi efféminé. Jusqu'à quel point il