‹ Madame, mère du régentChapitre 103 sur 220 · PROJETS DE MADAME · texte numérisé non relu

PROJETS DE MADAME

tage. Je suis très fière que Votre Dilection rae trouve mieux que le portrait que j'ai envoyé à Mme de Harling-, mais il y a sept ans que Votre Dilection ne m'a vue, et elle serait peut-être d'un autre avis si elle me revoyait. C'est moins la chasse que la cabale qui me vieillit et m'enlaidit; depuis sept ans que je suis ici, elle m'a fait venir tant de rides, que j'en ai la figure pleine ». Cette plainte resta isolée un assez long temps; la Liselotte des temps heureux ne se laissait pas absorber par les contrariétés, elle avait trop « de quoi se consoler ».

L'année 1679 fut fertile pour elle en événements heureux. A la fin de juin, le roi déclara le mariage de Mademoiselle, fille aînée de Monsieur et de sa première femme, avec Charles II d'Espagne, l'un des plus grands partis de l'Europe. Chacun savait que le bonheur n'habitait pas les palais espagnols; mais c'était là de ces considérations bourgeoises qui n'entraient pas en ligne de compte pour les princesses, et Monsieur fut tout à la joie d'avoir à combiner plusieurs douzaines de robes pour le trousseau d'une Majesté. Madame n'était pas moins satisfaite, et par des raisons plus sérieuses. Elle avait une filleule, la princesse Sophie-Charlotte, fille de la duchesse Sophie, qu'elle rêvait de marier au Grand Dauphin, et elle avait cru s'apercevoir que Mademoiselle pourrait bien se trouver en travers de son projet. Le mariage d'Espagne déblayait le terrain.

En partie du moins. Deux gros obstacles séparaient encore Sophie-Charlotte du trône de France. L'un était la princesse bavaroise du traité de 1670; mais la nature avait l'air de se charger d'en débar-

rasser Madame : « on dit qu'elle est si efTioyablement laide, qu'on ne peut pas croire qu'on en veuille* ». L'autre obstacle était l'âge de Sophie-Charlotte; elle n'avait que dix ans, le Dauphin en avait dixsept^, et une grande hâte de se marier. La difficulté ne parut pourtant pas insurmontable, même à la duchesse Sophie, femme d'expérience, d'où une résolution dont Madame eut la tète tournée de joie, et à laquelle nous devons les tableaux les plus vivants que nous possédions, et les moins connus, sur la cour de Louis XIV pendant la maturité du monarque, après Mlle de La Vallière et avant Mme de Maintenon et Saint-Simon. La duchesse Sophie avait toujours désiré revoir Liselotte. Un vague espoir de faire prendre patience au Dauphin en lui montrant sa fille, qui était délicieuse, acheva de la résoudre à TcfTort d'un voyage en France, et elle se mit en roule le 1" août 1679 pour l'abbaye de Maubuisson, près Pontoise, dont l'abbesse était sa sœur, et où elle avait donné rendez- vous à Madame. Une lettre de cette dernière, reçue en chemin, avertit « Sa Dilection » que Liselotte s'attendait à « s'évanouir pour le moins de joie » en l'apercevant, et qu'elle aurait certainement eu « un coup de sang » si « Sa Dilection » était arrivée en surprise ». Les choses se passèrent moins tragiquement.

« Sa Dilection » voyageait incognito. Le 22 août, vers la fin de l'après-midi, les trois carrosses portant « Mme d'Osnabruck » et sa suite parurent en vue

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