LA POLITIQUE DE LOUIS XIV EN ALLEMAGNE
L'horizon s'était obscurci pour elle de tous les côtés à la fois. En Allemagne, son père s'aigrissait de plus en plus par l'effet de l'âge, des infirmités, et de graves soucis politiques dont il reportait une large part, injustement, et nous avons dit pourquoi, à l'indifférence ou à l'incurie de sa fille. Avec les idées fausses dont il s'était toujours bercé sur le crédit de Liselotte auprès du roi de France, on comprend qu'il ne pût se défendre d'une profonde amertume en comparant ce qu'il était à ce qu'il avait espéré. Il avait tant compté sur ce mariage pour lui être une source d'avantages, qu'il s'exaspérait à chaque nouveau déboire, et la série ne faisait pas mine de s'arrêter. L'Électeur Palatin, beaupère de Monsieur, n'était pas mieux traité qu'un autre dans les conseils de Saint-Germain, et la paix de Nimègue (1678-1679) avait été suivie de temps véritablement cruels pour les États allemands limitrophes de notre pays.
Louis XIV l'avait mise à profit pour suivre avec ténacité, sans aucun ménagement pour les voisins qui s'en trouvaient lésés, ce que Ranke appelle son « projet capital », et qui n'allait à rien moins qu'à compléter la défense de nos frontières. Les difficultés étaient considérables. Le royaume étant envisagé comme une immense place forte, l'enceinte présentait des trouées à boucher ou à protéger, et cela était souvent impossible sans une rectification de frontière, sans un lambeau de territoire que les traités ne nous avaient pas donné et que Louvois, ou Vauban, jugeaient indispensable à l'exécution de leurs plans. Ce fut à s'assurer, sans
coup férir, les agrandissements convoités que tendit la politique extérieure du roi.
Il s'agissait d'inventer un expédient pour rendre la paix « rongeante et envahissante ». On le trouva. Ce fut la création des « chambres de réunion », chargées de rechercher si les provinces, les villes, les forteresses, les simples villages, annexés à la France, depuis le début du règne, n'avaient point possédé à une époque quelconque, fût-ce sous les premiers Capétiens, fût-ce sous les Mérovingiens, des « dépendances » dont les traités récents n'avaient pas fait mention parce que la mémoire s'en était abolie, et qui auraient dû cependant — telle était du moins la thèse française — suivre le sort des centres de population auxquels ils se rattachaient jadis. On se mit à fouiller dans les archives : « On rappelle un testament de Hugues Capet! » écrivait la duchesse de Hanovre avec indignation *. On remonta jusqu'à Dagobert. On finissait toujours par découvrir quelque vieux parchemin nous donnant des « droits » sur le territoire désii'é, et on engageait alors avec le possesseur du moment des pourparlers qui rappellent la conversation du loup et de l'agneau dans la fable de La Fontaine. Je n'ai garde de défendre le système; je ferai seulement observer qu'après l'avoir justement maudit, les Allemands lui ont trouvé du bon lorsqu'ils ont été les plus forts.
L'Électeur Palatin fut l'une des victimes des Chambres de réunion. La France s'adjugea des