‹ Madame, mère du régentChapitre 144 sur 220 · MADAME VIT RETIRÉE · texte numérisé non relu

MADAME VIT RETIRÉE

avait sous les yeux, et qu'il a dépeinte dans une page merveilleuse ^ : c'est à propos de Saint-GIoud et de ce qui en faisait une maison de délices. « Et tout cela, poursuit Saint-Simon, sans aucun secours de Madame, qui dînait et soupait avec les dames et Monsieur, se promenait quelquefois en calèche avec quelques-unes, boudait souvent la compagnie, s'en faisait craindre par son humeur dure et farouche, et quelquefois par ses propos, et passait toute la journée dans un cabinet qu'elle s'était choisi, où les fenêtres étaient à plus de dix pieds de terre, à considérer les portraits des Palatins et d'autres princes allemands dont elle l'avait tapissé, et à écrire des volumes de lettres tous les jours de sa vie.... Monsieur n'avait pu la ployer à une vie plus humaine et la laissait faire, et vivait honnêtement avec elle sans se soucier de sa personne, avec qui il n'était presque point en particulier. »

Dans cette profonde solitude morale, la princesse Liselotte se rattacha définitivement à une idée qui la poursuivait déjà en 1671 sur la route de Strasbourg à Metz, tandis qu'elle hurlait de désespoir d'avoir quitté son Palatinat chéri pour venir épouser un Duc d'Orléans. Il devint tout à fait clair pour elle, tout à fait positif, qu'il ne peut pas y avoir de bonheur en France pour une princesse allemande. Elle avait souvent perdu de vue cette pensée, au cours de ses années de faveur et de leurs joies. Jamais plus elle ne l'oublia. « L'Allemagne m'est toujours chère, disait-elle en 1706, et je suis peu

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