Arch. nat., K. 552, n
3. Son fils, le prince Charles, était venu à son secours dès qu'il eut le pouvoir; niais il mourut avant elle.
des toques en velours ou en satin. Il y avait aussi les premiers pourpoints du prince Charles, et une « robe de fille de six à sept ans », en moire couleur cerise, qui devait être, d'après l'âge, la belle robe de Liselottc au moment où elle fut arrachée à sa mère et envoyée à Hanovre, chez sa tante Sophie. A quel sentiment avait obéi Charlotte en s'encombrant de cette friperie? Était-ce désir d'avoir un souvenir de ses enfants? ou désir d'empccher que leurs petites défroques ne fussent données aux bâtards de la maîtresse triomphante? Les deux, très probablement, et les deux inspirent de la compassion pour la mère malheureuse.
Les agents français envoyés à Heidelberg afin d'y suivre les affaires de Madame vendirent ce bric-àbrac à l'encan. En réunissant tout, ils en tirèrent 2655 florins, plus 756 florins pour le carrosse et ses six chevaux noirs ^ Le gros du mobilier provenant de Charles-Louis et du prince Charles fut aussi vendu aux enchères; ci 24 016 florins. Leur cave produisit 9 075 florins , 53 kreuzer, plus 21G florins d'eau-de-vie, et la vaisselle d'argent 32 383 florins, 39 kreuzer. On remarquera la modicité de ces chiffres, s'agissant de princes souverains, et non des moindres de l'Allemagne. A la vérité, les objets de prix avaient été réservés. Il furent expédiés par chariots à Saint-Cloud, un premier convoi en 1686, un second en 1688. Les frais de transport se montèrent à 2 014 florins, 46 kreuzer.
1. Compte |de |la succession revenant à Madame, etc. Arch. nat., K. 552, n» 5.
HÉRITAGE DE LISELOTTE. 235
Le nouvel Électeur laissait faire; il cédait sur ce qui n'était pas « la terre et les gens ».
Charles-Louis avait aussi laissé de Targent. Tout compté, Liselotte héritait de plus de 350 000 florins, sans parler des objets en nature, et en dehors des terres allodiales, au sujet desquelles on n'était pas près de s'entendre. Mais elle ne vit pas un liard de l'argent et n'eut que le rebut des objets. Les florins servirent à embellir la maison de campagne du chevalier de Lorraine ou son appartement de Saint-Cloud, — il avait le plus beau du château, — et il en fut de même de tout ce qui fut à son goût dans les caisses envoyées d'Allemagne : « Madame, racontait sa tante Sophie, à dû voir avec patience les tapis et les meilleurs tableaux de Heidelberg dans la chambre du chevalier de Lorraine ^ » Ce sont là de ces choses auxquelles les femmes sont particulièrement sensibles, et Madame ne les vit pas « avec patience ».
L'agacement produit par ces ignobles tracasseries vint bientôt se perdre dans une douleur effroyable, et pour laquelle Liselotte a trouvé des accents poignants. L'orgueil et les exigences de Louis XIV avaient porté leurs fruits et noué contre la France la coalition formidable qui porte le nom de ligue d'Augsbourg. La guerre commença à l'automne de 1688 et le roi n'y oublia point « les intérêts » de sa belle-sœur : il envoya son fils conquérir le Palatinat. Le règne monarchique exigeait
1. Lettre du 31 octobre 1G87, à Ferdinand de Degenfeld. C'était un frère de Louise.
que Madame fût de tout cœur avec les armées de sa patrie d'adoption, même contre sa patrie d'origine; règle barbare au premier abord, indispensable pourtant, si Ton y réfléchit, à la sécurité des royaumes où la famille régnante est mêlée d'étrangères. Aussi les manquements à cette servitude ontils été, de tout temps, difficilement pardonnes, aussi bien par les peuples que par les rois. Madame, en 1688, y manqua dès l'ouverture de la campagne. Elle ne se cacha point de penser et de sentir en Allemande, et non en Française. Au Grand Dauphin, lui détaillant ses futures conquêtes et attendant des remerciements elle l'epartit froidement : « Je ne puis avoir que de la douleur et nulle joie de voir qu'on se serve de mon nom pour ruiner ma pauvre patrie ^ ». A M. de Montausier, la complimentant de ce que le Dauphin « allait lui conquérir son bien et ses terres ^ », elle répliqua encore plus sèchement : « Bien loin d'en ressentir de la joie, j'en suis très fâchée ».
Elle envisageait ce qui allait se passer avec un mélange d'horreur et de colère. Déjà courait le bruit « qu'on se préparait à brûler », et justement au Palatinat. D'autre part, — car il faut tout dire, — Liselotte savait que les conquêtes de la France, — si nous en faisions, — seraient pour la France et non pour elle. Il n'y aurait pas de contrat ni de testament qui tînt, et elle se sentait lésée, dépouillée, et écrivait rageusement : « Si Mon-