Lettre du 12 avril
INVENTAIRE DE l'ÉLECTRICE CHARLOTTE. 233
grave Louise, elles deux lettres disaient également la vérité : « Je suis sûre que vous la regretterez, car elle a toujours été bonne pour vous tous. L'âme et le corps ne s'accordaient pas; le bien que voulait l'une, l'autre le gâtait, faute à Sa Dilcction de pouvoir se maîtriser*. » Charlotte avait en effet été très bonne pour eux dans leur malheur, mais elle était neurasthénique; elle avait trop souffert, de toutes les façons.
Il existe sur elle un document pathétique; c'est l'inventaire -, après décès, de son mobilier et de ses nippes. Tandis que les « vieilles chaises fort rompues », le « lustre de cristal à douze bras dont deux sont cassés », les « vingt-quatre vieilles chemises de femme » et le « tapis vert gâté » disent la vie étroite et la gêne piteuse de cette princesse dont personne ne voulait^, sa misère morale est, pour ainsi parler, déballée sous nos yeux avec le contenu de deux « grands coffres » découverts dans son grenier. L'Électrice Charlotte les avait emportés de Heidelberg lorsque Charles-Louis l'avait contrainte à céder la place à Louise de Degenfeld. Il y avait de cela vingt-trois ans, et jamais personne ne les avait ouverts. On en sortit les layettes de Liselotte et de son frère : leurs langes, leurs petits bonnets et petites camisoles, une belle toilette de baptême, deux pelisses, l'une en satin bleu, l'autre en satin jaune, des ceintures, des écharpes,